Un officier de police, Takabe, enquête sur une série de meurtres dont les victimes sont retrouvées avec une croix gravée dans le cou. Les meurtriers sont à chaque fois arrêtés mais si tous avouent leur crime, aucun n'a un mobile valable. En somme, c'est un acte de pure démence qui les a poussés à agir. Un jour, un jeune vagabond est arrêté près de l'endroit où a été retrouvé le dernier corps. Il est vite identifié comme un ancien étudiant en psychologie, devenu fou et ayant d'inquiétants pouvoirs hypnotiques lui permettant de pousser des gens à commettre des actes criminels...
Kurosawa signe avec Cure un thriller horrifique (à la limite du fantastique) réellement réussi. Il use habilement de sa technique : il glisse de longs plans inquiétants en travellings vertigineux. Le rythme adopté est d’une lenteur extrême et cette absence considérable d’action nous plonge dans une léthargie semblable à celle de Mamiya. Une fois
confortablement installés dans l’ambiance du film, on ressent cette atmosphère pesante, mise en place par la sobriété des décors, le poids des plans et la bande sonore envoutante.
A l’instar des malheureuses victimes de Mamiya (dans le rôle duquel Masato Hagiwara excelle), nous voilà rapidement hypnotisés, plongés dans un monde dont on ne sait plus très bien s’il est réel ou irréel. Les décors y jouent un rôle non négligeable : tout est désert (la plage, les couloirs), tout est sombre (la geôle de Mamiya), tout est dénué de décorations (l’intérieur sobre des victimes). Réduits à leur plus simple nature, les lieux nous hantent et nous précipitent dans un puits sans fond.

Kurosawa nous amène enfin à nous rallier à sa thèse : pour s’affranchir complètement de toute contrainte morale ou sociale (comme celle que vit quotidiennement le policier Takabe avec sa femme), il n’existe que peu de solutions : se suicider, sombrer dans la folie ou tuer l’autre.
Cinéphiles, à vos lecteurs ! Simples spectateurs, s’abstenir !
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