1945, la guerre est terminée, mais le mari de Grace n'est pas revenu du front. Elle élève seule ses deux enfants dans un manoir isolé sur l'île anglo-normande de Jersey. Les enfants sont atteints d'une maladie rare et étrange : ils ne supportent pas la lumière du soleil et doivent rester dans l'obscurité, le manoir est donc plongé en permanence dans la pénombre. Aucune porte ne doit être ouverte avant que la précédente ne soit fermée. Des intrus viennent bousculer l'ordre rigoureux instauré par Grace et révélent la vérité...
Troisième long métrage d’Alejandro Amenabar (après l’excellent Tesis et le nettement moins bon Ouvre les yeux), Les Autres peut se vanter d’être une vraie réussite. Largement salué, énormément primé, le film espagnol a signé une belle performance aux Etats-Unis (recette de 96 millions de dollars) comme en Europe (1,5 millions d’entrées rien qu’en France).
Amenabar décide pour ce film de signer une œuvre fantastique. Mais, préférant ne pas accumuler des effets spéciaux onéreux, le réalisateur ibère choisit de jouer sur la suggestion, un peu dans le style des anciens films à tension des années 50-60. Le cadre du film est extraordinaire : on est plongé dans un huis clos total, puisque la vieille demeure est isolée du reste du monde par un immense parc englué par un brouillard épais. Amenabar accentue l’aspect claustrophobique du film puisque les enfants de Grace ont contracté cette maladie qui rend leur peau sensible à la lumière du jour. Espace clos, vieille bâtisse, volets fermés en permanence, on est au bord de l’étouffement.
Cet espace refermé amène avec lui une autre donnée importante de l’intrigue : le stress permanent de Grace qui ne cesse de harceler les domestiques pour qu’ils maintiennent la lumière loin de ses propres enfants. Sans cesse stressée, Grace montre une série de facettes différentes : parfois hautaine, parfois colérique, toujours empreinte du catholicisme le plus profond, exigeante envers les domestiques, souvent injuste envers ses enfants, la personnalité de la protagoniste a de quoi déstabiliser. Notons au passage la formidable performance de Nicole Kidman, couronnée de deux prix pour sa prestation bouleversante.

Ajoutez à toutes ces données la présence de domestiques étranges qui gardent en eux un secret particulier ainsi que quelques événements paranormaux et vous obtenez un film en béton. Une atmosphère sombre, pesante, une tension omniprésente qui grimpe au fil des minutes, tout est en place pour vous donner des sueurs froides. La photographie d’Amenabar est irréprochable tout comme l’apport sonore qui maintient adéquatement la tension mise en place.
En fin de compte, un véritable chef-d’œuvre pour Amenabar qui a peut-être là trouvé sa voie. On ne peut qu’être satisfait de la maîtrise de l’Espagnol qui signe un métrage parfait en tous points.
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