Le narrateur, sans identité précise, vit seul, travaille seul, dort seul, mange seul ses plateaux-repas pour une personne comme beaucoup d'autres personnes seules qui connaissent la misère humaine, morale et sexuelle. C'est pourquoi il va devenir membre du Fight club, un lieu clandestin ou il va pouvoir retrouver sa virilité, l'échange et la communication. Ce club est dirigé par Tyler Durden, une sorte d'anarchiste entre gourou et philosophe qui prêche l'amour de son prochain.
Avant de visionner le film, un avertissement nous met en garde : « Si vous lisez ceci alors cet avertissement est pour vous, chaque mot que vous lisez de ce texte inutile est une autre seconde perdue de votre vie. Vous n’avez rien d’autre à faire ? Votre vie est-elle si vide, honnêtement, que vous ne puissiez penser à une meilleure manière de passer ces moments ? Ou êtes-vous si impressionnés par l’autorité que vous donnez votre respect et vouez votre foi à tous ceux qui s’en réclament ? Lisez-vous tout ce que vous êtes supposé lire ? Pensez-vous tous ce que vous êtes supposés penser ?
Achetez-vous ce qu’on vous a dit d’acheter ? Sortez de votre appartement. Allez à la rencontre du sexe opposé.
Arrêtez le shopping excessif et la masturbation. Quittez votre travail commencez à vous battre. Prouvez que vous êtes en vie. Si vous ne revendiquez pas votre humanité vous deviendrez une statistique. Vous aurez été prévenu... Tyler. »
Voilà qui donne déjà un avant-goût du contenu du film. Le narrateur fait une rencontre étonnante, celle de Tyler Durden, jeune homme bohème à la critique sociale aiguisée. Tyler dénonce cette société mercantile et manipulatrice qui influence la perception de ses citoyens. A cause de rêves mis en vente en toute impunité, les hommes se placent eux-mêmes des œillères et se laissent bercer d’illusions dans un monde de consommation qui les aveugle. On souhaite de ressembler aux mannequins que nous montrent les magazines et on est désireux d’avoir la vie des people qui dirigent la planète. L’argent, le luxe ou pire, l’impression de luxe. La consommation acharnée, le grand monde en kit version Ikea, tous ces faux-semblants qui nous mènent par le bout du nez.
A cette réalité, Tyler appelle les brebis à se rebeller et à devenir des hommes réels possédant encore leur libre-arbitre. A la société de consommation se substitue une société primitive où violence et sexe refont surface, reprenant le flambeau de la philosophie de Locke. Peu à peu, Tyler édifie des règles grâce auxquelles il monte une armée de singes de l’espace, dénués d’envie de consommation, disciplinés par des valeurs simples et primitives, semblables à ces macaques envoyés comme cobayes dans l’espace. Là où l’œuvre atteint sa perfection est dans la destruction de la thèse de départ. Nous sommes tous charmés par les paroles de Tyler et nous les buvons tel l’eau
d’une oasis en plein désert. La forme est là, le contenu respire la vérité et on se laisse embarquer aisément par les théories du génial Brad Pitt. Seulement, on se rend rapidement compte que l’autre côté du tableau n’est pas si blanc que ça. A force de lutter contre la consommation se crée une anarchie qui n’est pas plus viable que la première solution. Ainsi, nous voilà pris au piège entre deux tendances opposées et bien embêtés de devoir effectuer un choix.
Ce métrage, qui est le quatrième de David Fincher après Alien 3, Seven et The game, est tout bonnement éblouissant. Tout d’abord par le thème traité et ses dialogues succulents. Nombre de répliques resteront pour toujours cultes tant elles sont criantes de vérité (quelques perles sont reprises plus bas). L’adaptation du roman éponyme de Chuck Palahniuk est extraordinaire et on ne peut que s’esbaudir d’une telle œuvre. Ensuite, il faut à nouveau (une fois n’est pas coutume) reconnaître le travail éblouissant du réalisateur qui a su diriger ses acteurs dans le sens de la perfection et qui a, par sa griffe personnelle, hissé le métrage au statut de film culte.
La photographie est superbe, les plans magnifiques et on ne peut que s’incliner devant certains choix du maître Fincher (comme ces images subliminales placées à certains endroits du métrage, faisant référence au métier de projectionniste de Tyler mais aussi à cette société qui nous berce d’images poussant à la surproduction). A côté de toutes ces images, à côté de toutes ces théories, Fincher nous impose de nombreuses publicités. On les voit dans le métro, dans la maison du narrateur, dans les cafés, … On est noyés par ces pubs. Fincher a utilisé cette stratégie pour nous mettre devant le fait accompli : Voyez, Tyler critique cette facette de la société mais même dans le film vous pouvez le constater…
Pour toutes ces raisons, pour sa maîtrise filmique, pour son scénario magnifique, pour ses acteurs grandioses, pour ses messages philosophiques, pour son final décapant, le film ne pouvait pas devenir autre chose qu’un chef-d’œuvre à nos yeux.
Quelques répliques qui valent le détour :
"Une issue de secours à 9000 mètres d’altitude : l’illusion de la sécurité"
"On est une génération d’hommes élevés par des femmes, je pense pas qu’une autre femme soit la solution à notre problème."
"Il y a un adage qui dit qu’on fait du mal à ceux qu’on aime mais il oublie de dire qu’on aime ceux qui nous font du mal."
"C’est seulement lorsqu’on a tout perdu qu’on est libre de faire tout ce qu’on veut."
"Les objets qu’on possède finissent tous par nous posséder."
"La publicité nous fait courir après des voitures et des fringues, on fait des boulots qu’on déteste pour se payer des merdes qui ne nous servent à rien. On est les enfants oubliés de l’Histoire. On n’a pas de but ni de vraie place. On n’a pas de grande guerre. On n’a pas de grande dépression. Notre grande guerre est spirituelle. Notre grande dépression, c’est nos vies. La télévision nous a appris à croire qu’un jour on serait tous des millionnaires, des dieux du cinéma ou des rockstars, mais c’est faux et nous apprenons lentement cette vérité. "
Et, pour terminer, les géniales règles du Fight Club :
* 1re règle : « Il est interdit de parler du Fight Club. » * 2e règle : « Il est INTERDIT de parler de Fight Club. » * 3e règle : « Quelqu’un crie STOP, quelqu’un s’écroule ou n’en peut plus, le combat est terminé. » * 4e règle : « Seulement deux hommes par combat. » * 5e règle : « Un seul combat à la fois. » * 6e règle : « Pas de chemise ni de chaussures. » * 7e règle : « Les combats continueront aussi longtemps que nécessaire. » * 8e et dernière règle : « Si c’est votre 1re soirée au Fight Club... vous devez vous battre ! »
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