Critique de film

Trilogie de la Mort (La)

"The Awakening - Aftermath - Genesis"
affiche du film
  • Genre : Horreur
  • Année de production : 1998
  • Scénaristes : Cerda Nacho, Jacobson Ethan
  • Acteurs : Tosar Pep, Collellmir Xevi, Tarrida Jordi, Tarris Angel
  • Réalisateurs : Cerda Nacho
  • Pays d'origine : Espagne
  • Durée : 56 minutes
  • Musique : Alia Malley
  • Bande annonce
  • Récompenses : The awakening:

    Sélection officielle au festival international du cinéma fantastique (Sitgès 1991)


    Genesis:

    Prix du public (Fantasia 98)
    Prix du public festival des Jeunes realisateurs de Saragosse
    Prix du meilleur court-métrage au festival de Sitgès (1998)
    Prix du public au festival du cinéma fantastique et de terreur de San Sebastian
    Prix de la meilleure réalisation au festival du cinéma de Aguila de Campoo
    Prix du public au festival des court-métrages de Sueca
    Nomination au meilleur court-métrage (Gotas 98)

The awakening : Un jeune lycéen s’endort en classe. A son réveil, ses camarades et son professeur sont immobiles, le silence est total. Et d’étranges signes sont inscrits au tableau... Aftermath : Dans une morgue, un docteur cède à ses tentations les plus obscènes en violant le cadavre d’une jeune femme récemment morte dans un accident de voiture. Genesis : Un sculpteur perd brutalement la femme de sa vie. Incapable de surmonter le chagrin causé par sa mort, il sculpte sans relâche la réplique exacte de sa bien-aimée. Sa douleur intérieure est telle qu’il réussit à donner vie à sa sculpture, brisant ainsi les barrières du temps et de l’espace. Mais il paiera cette bouleversante résurrection de sa vie, se changeant lui-même petit à petit en... pierre.

Les critiques à propos de ce film

La trilogie de la mort - Du grand art !
Par : Damien

The awakening

Un jeune lycéen s’endort en classe. A son réveil, ses camarades et son professeur sont immobiles, le silence est total. Et d’étranges signes sont inscrits au tableau...

Court-métrage par lequel Nacho Cerda a conclu ses études de cinéma. Si la pellicule reste agréable à regarder, l’épisode est de loin le moins bon des trois. Sans doute faudra-t-il imputer cela au jeune âge de Cerda à l’époque.

Aftermath

Dans une morgue, un docteur cède à ses tentations les plus obscènes en violant le cadavre d’une jeune femme récemment morte dans un accident de voiture.

Pour réaliser ce deuxième épisode, Nacho Cerda a passé neuf nuits entières dans une véritable morgue. Dans cet épisode, on peut constater l’horrifiante crédibilité des cadavres qui ont été créés. Réel travail réalisé au scalpel, Cerda s’amuse à nous montrer des images qui sortent de l’ordinaire. Il nous impose des vues de corps démembrés et répugnants (comme en témoigne le chien du générique) avant de nous plonger dans l’horreur la plus profonde, celle d’une réalité malheureusement existante. Le chirurgien nécrophile a de quoi attirer la répulsion en nous tant les images de Cerda sont poignantes de vérité et d’authenticité. A la manière des meilleurs documentaristes, le réalisateur espagnol nous livre ici tout ce que l’humanité compte de plus abject avec une telle maîtrise qu’il le rend beau...

Genesis

Un sculpteur perd brutalement la femme de sa vie. Incapable de surmonter le chagrin causé par sa mort, il sculpte sans relâche la réplique exacte de sa bien-aimée. Sa douleur intérieure est telle qu’il réussit à donner vie à sa sculpture, brisant ainsi les barrières du temps et de l’espace. Mais il paiera cette bouleversante résurrection de sa vie, se changeant lui-même petit à petit en... pierre.

Le plus réussi des trois épisodes de Cerda et également le plus primé (seize récompenses en tout et une nomination aux Goyas !). Histoire tragique d’un sculpteur qui souhaite redonner vie à sa défunte épouse par l’intermédiaire de l’art. Pour ce faire, il crée une statue à son effigie. Peu à peu, la statue se met à prendre vie tandis que le génial artiste se transforme en pierre... Soulignons l’incroyable interprétation de Pep Tosar (incarnant ici l’artiste) ainsi que le travail de Xavi Gimenez (directeur de la photographie) qui ne tardera pas à rejoindre l’équipe de Jaume Balaguero sur le tournage de Darkness ou encore Fragile...

Cerda nous offre ici trois visions tout à fait différentes de la mort : une approche spirituelle (The Awakening), une approche réaliste (Aftermath) et une approche romantique (Genesis). On ne peut rester insensible à l’oeuvre fondamentale de Cerda qui, en multipliant les approches et en livrant des images sublimes, nous enchante. Trois moments de la mort différents aussi sont traités : le moment qui précède la mort (le héros de The Awakening semble se situer dans les limbes et n’avoir pas encore pris conscience de sa mort charnelle), la mort en elle-même (formidablement figurée dans Aftermath où on nous montre nombre corps gisants et dans lequel Cerda met en avant l’insoutenable inhumanité de l’acte médical) et enfin, la résurrection ou l’après-mort (dans Genesis avec le retour à la vie de l’être aimé).

Du grand art, monsieur Cerda, en attendant de voir The Abandoned, on admire déjà votre oeuvre et on se dit fans...

Si vous aimez l’art et l’horreur, regardez à tout prix cette trilogie morbide à souhait mais tellement humaine...


Critique de la Trilogie de la Mort - Un tryptique majeur.
Par : Gore Sliclez

Aftermath

Réalisé en 1994, par un digne inconnu alors, Aftermath reste 14 ans plus tard un véritable ovni du cinéma d’horreur. Une œuvre révolutionnaire pour un jeune réalisateur de 25 ans qui alla jusqu’au bout de son délire. Aftermath est certes une œuvre de jeunesse mais pourtant empreinte d’une maturité étonnante bien nécessaire pour aborder un sujet aussi délicat que celui de la nécrophilie. Un court métrage (30 min.) obscure présentant un médecin légiste pratiquant des autopsies. Une fois seul, le médecin se livre à des actes sexuels répugnants sur le cadavre d’une jeune femme et finit par la violer avant de donner son cœur en pâture à son chien le soir chez lui.

Aftermath renoue avec ces anciens démons du passé ou des hommes cultivés, raffinés s’adonnaient autrefois dans des camps à des atrocités d’une barbarie répugnante. En effet, baigné d’une jolie musique classique, Nacho Cerda nous dépeint un tableau anatomique de victimes dépecées avec un réalisme terriblement impressionnant par un lambda bien sous tous rapports, méticuleux et froid.

Une fois passée l’émotion ressentie après la vue de ces cadavres autopsiés, le spectateur se retrouve alors confronté à la perversion sans nom, l’horreur dans ce qu’elle a de plus humaine. Obsédé par la mort, Cerda nous montre un homme allant jusqu’au bout de sa folie, violant le corps d’une défunte éviscérée dans une mise en scène sans concession, jusqu’auboutiste, ultra réaliste. Le regard mort, abyssal de ce pervers vous glace le sang et vous plonge dans la stupeur quand celui-ci entreprend de violer le corps mutilé, découpé et ouvert de la malheureuse dans la salle même d’autopsie. Un décor bleuté, métallique que le sang écarlate vient recouvrir sur la table, sur le masque du médecin, sur le carrelage… Une démence filmée dans les grandes largeurs, dans l’isolement d’une pièce close et protégée de la curiosité grâce au paravent social qui nous empêche d’affronter la vision de la mort à l’instar de cet employé jetant un œil sur le travail des médecins légistes avant d’abandonner, glacé par la vision. Cerda, lui, ne s’en soucie guère et nous choque, nous remue les tripes et nous oblige surtout à affronter une vérité que nous nous obligeons par bourgeoisie à ne pas assumer.

La perversion est un mal qui nous entoure et que nous le voulions ou non vouloir la snober au cinéma, pourtant miroir de nos attentes et de notre société, est une façon hypocrite d’éviter la confrontation avec notre peur de l’inconnu.

L’âme n’est plus, seul le corps reste, offert désormais à des mains étrangères pour son dernier contrôle, sa dernière préparation. Un réalisme gore qui poussa même certains à penser que l’escroquerie de Roswell (souvenez-vous ce merveilleux Pradel), où l’on voyait un extraterrestre se faire découper sur une table d’autopsie, était l’œuvre du génial réalisateur espagnol.

Aftermath est une terrible claque qui vous oblige à remettre les pieds sur terre et à ne pas oublier qu’en chacun d’entre nous un monstre veille, tapis dans l’ombre, prêt à se réveiller pour le plus grand malheur. Un voyage répugnant dans l’ultra réalisme et la perversion sans limite. Souvenez-vous de Rotenbourg….

Genesis

Troisième volet de la Trilogie de la mort, Genesis (1998) est sans doute le court métrage le plus émouvant et le plus beau de ce triptyque. Un homme perd son épouse dans un accident de voiture. Écrasé par le chagrin, il décide de réaliser une sculpture à l’effigie de son aimée avant de se rendre compte au final que la sculpture prend vie et que lui-même devient pierre.

Pour une deuxième collaboration, Nacho Cerda fait appel à son ami Pep Tosar pour incarner ce sculpteur qui n’est plus que l’ombre de lui-même terrassé par une douleur sans nom et obnubilé par sa création.

Une nouvelle fois le réalisateur espagnol parvient à installer ses personnages et leur histoire dans un format difficile qui est celui du court métrage. Après tout, quelques images suffisent pour comprendre et dans ce domaine là Cerda est tout simplement doué. La photographie de Genesis confirme la beauté visuelle déjà découverte dans Aftermath grâce à une lumière astucieuse et des plans originaux. On y retrouve déjà les fondations d’un cinéma d’horreur ibérique encensé actuellement à travers le monde. Un cinéma qui fait la part belle à l’émotion, suscitant une empathie envers des personnages meurtris par la vie, par un destin cruel et qui se retrouvent plongés dans des situations angoissantes, terrifiantes. Un cinéma d’épouvante très réaliste et très social qui va chercher au fond de chacun d’entre nous des sentiments divers et des émotions nouvelles. C’est en cela que ce cinéma espagnol est innovateur, quitte à devoir utiliser des procédés classiques mais toujours aussi efficaces.

C’est donc le cas avec ce sculpteur dont on ne sait rien dans le film si ce n’est son amour fou pour sa belle épouse (grâce à un petit film amateur sur une fête de famille) décédée dans un accident de voiture (flash back onirique de l’artiste). Mais ce sont ces caresses de l’artiste façonnant dans la pierre le corps de sa femme qui sont émouvantes car ce sont les caresses d’un homme qui veut très vite immortaliser l’amour de sa vie avant qu’elle ne disparaisse sans doute de sa mémoire. L’inacceptation, le refus d’une vérité qui fait mal. La mort est un sujet qui intrigue Nacho Cerda c’est certain. Après une vision crue, perverse de celle-ci dans Aftermath, le réalisateur espagnol nous rappelle le côté inéluctable, irréversible d’un deuil à travers une fable cynique où deux êtres qui s’aiment inversent le cours des choses pour un ultime adieu.

Rien de gore ici mais certaines scènes transformistes impressionnantes et une atmosphère étrange entretenue par une musique douce. Genesis est un beau film tout simplement. Une œuvre qui jette définitivement les bases d’une carrière prometteuse et confirmée depuis grâce à The Abandoned (2006).

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