Critique de film

Phantom of the Paradise

"Phantom of the Paradise"
affiche du film
  • Genre : Thriller - Thriller psychologique
  • Année de production : 1974
  • Scénaristes : De Palma Brian
  • Acteurs : Graham Geritt, Finley William, Williams Paul, Harper Jessica, Memmoli George
  • Réalisateurs : De Palma Brian
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h32
  • Budget : 1,3 millions de dollars
  • Musique : Paul Williams
  • Bande annonce
  • Récompenses : Nominé à l'Oscar de la Meilleure musique (1975)
    Nominé au Golden Scroll du Meilleur film d'horreur (1976)
    Grand prix du fetsival d'Avoriaz en 1975
    Nominé au Golden Globe de la Meilleure musique (1975)
    Nominé à l'Hugo Award du Meilleur film dramatique (1976)

Winslow Leach, jeune compositeur de talent, se fait voler sa cantate intitulée "Faust" par un certain Swan, star planétaire. Décidé à demander des comptes, Leach s'introduit dans la maison de production "Death Records". Poursuivi par les gardiens, il est jeté en prison. S'évadant, il se coince accidentellement la tête dans une presse à disques. Défiguré, celui-ci hante le nouveau temple du rock n'roll : le Paradise.

Les critiques à propos de ce film

Phantom of the Paradise - A deux pas du paradis
Par : Damien

Avant de nous lancer dans l’analyse du métrage qui nous concerne, il convient de s’attarder quelque peu sur le contexte de l’émergence de l’œuvre dans le paysage cinématographique de son auteur. Avant de signer Phantom of the paradise, Brian De Palma a réalisé quatre comédie excentriques (Greetings, The Wedding party, Hi, Mom ! et Get to Know your Rabbit). L’année 1973 va marquer un tournant important dans la carrière du réal puisque c’est à cette époque que sort Sisters, le premier thriller psychologique de De Palma, genre qu’il affectionne et dont il ne manquera plus de parsemer sa filmo au fil du temps.

Confectionné dès l’année 1969, le projet restera en attente durant quelques années avant de voir le jour. Parodie du célèbre Fantôme de l’opéra (dont notre cinéma regorge à foison), Phantom of the Paradise constitue un savoureux mélange entre les deux genres phares de Brian puisqu’il prend les tournures d’un thriller agrémenté d’excentricités multiples, frisant avec la comédie pure et dure à maintes reprises. Bien plus, il est une poésie dithyrambique à l’égard d’œuvres incontournables (tant cinématographiques que littéraires) du patrimoine européen. Un panel des plus varié dans lequel on retrouve des allusions foncièrement patentes au mythe de Faust, au portrait de Dorian Gray et à l’universel Frankenstein.

A l’instar du docteur Faust signant de son propre sang le contrat tendu, Winslow scellera la destinée de son âme par le biais d’un contrat similaire passé avec Swan, producteur assoiffé de pouvoir. Ainsi, Winslow se laisse prendre à son propre piège puisqu’il passe du statut de compositeur de la célèbre œuvre en victime des machineries qu’elle présentait. Swan est un transfert habile du Méphistophélès moderne, producteur diabolique d’une maison de disque mondialement connue qui lui permet d’asseoir son pouvoir. Inspirée du portrait de Dorian Gray, cette relation permet la jeunesse éternelle puisque c’est l’œuvre qui vieillit et se fait le garant du temps qui passe et non le créateur qui en ressent les vestiges. Comme si ce n’était pas encore assez, De Palma termine sa prouesse parodique en livrant une scène pompée sur le Psychose hitchcockien où l’on peut voir Winslow attaquer Beef sous la douche sauf que le couteau de Bates est substitué par … une ventouse dans les mains de Winslow. Autant de menus détails qui prennent tout leur sens dans cette œuvre et parviennent à eux seuls à la rendre éminemment sympathique.

Ne se contentant pas seulement de cette ode formidablement ficelé aux œuvres précitées, De Palma franchit un cap supplémentaire en proposant un subtil mélange des genres sans jamais tomber dans le ridicule (ce qui est loin d’être évident). La transformation de Winslow et la manipulation de celui-ci par Swan rendent le métrage dramatique alors que de nombreuses scènes lui donnent un ton plus envolé, empreint d’exagérations et d’excentricités en tous genres. Epaulé par un tandem d’acteurs époustouflants, De Palma réussit une prouesse d’équilibriste, ne fléchissant jamais pour sombrer dans les bas-fonds du grand-guignol. Soulignons la prestation de Paul Williams (Swan) dont les frasques sempiternelles font ici partie intégrante du décor et ne détonnent pas avec l’ambiance imposée. Le film peremttra d’ailleurs à l’acteur et compositeur de signer quelques menues réussites par la suite puisqu’on le retrouvera en tant que voix du Pingouin dans la série animée des Batman des années 90 et qu’on lui devra notamment la musique du générique de La croisière s’amuse… La palme revient néanmoins à Gerrit Graham qui, en interprétant Beef, nous livre un rockeur anéanti dans sa virilité, faisant penser au David Bowie des seventies. Nous le retrouverons dans le cinéma horrifique en 1987 dans La Vengeance des monstres de Larry Cohen et en 1990 puisqu’il interprète un des premiers rôles de Chucky 2.

Souhaitant donner à son film une dimension supplémentaire, De Palma s’est acharné à dénoncer une série de distorsions de nos sociétés actuelles au sein du Paradise et du spectacle fourni par Swan. La plus évidente des attaques concerne les sociétés de l’audiovisuel, transnationales au cœur de pierre qui n’hésitent pas à sacrifier pour la gloire (comme Swan tirant sur Phénix afin de faire perdurer le show). Les entreprises sont alors en pleine expansion et drainent à elles de plus en plus d’argent au détriment de fous furieux qui se laissent avoir innocemment, souhaitant seulement idolâtrer des plus puissants qu’eux pour noyer leur propre détresse (mais que cette phrase est belle ! Attendez, je la relis… Magnifique !). Critique forcément de ce même public qui, dans l’œuvre, est aveuglé et n’est pas capable de distinguer le show de la réalité. Ainsi, les spectateurs du Paradise ne constatent aucun des meurtres ou les considèrent comme faisant partie du spectacle. Mieux, la foule portera à deux reprises les corps inanimés en les acclamant… L’intelligentsia collective sombrant rapidement dans le délire collectif. On assure alors avec Desproges qu’effectivement, mieux vaut être seul car à deux on est déjà une bande de cons. Le film n’a de cesse de provoquer les sensibilités, de heurter les élites bien pensantes mais il le fait adroitement et au second degré afin d’être sûr de rester incompris.

Bien que le film ait considérablement vieilli, il n’en reste pas moins une œuvre incontournable du cinéma américain et a de plus le mérite d’avoir ouvert la voie au Rocky Horror Picture Show, sorti un an après, véritable galerie de l’horreur aux abords excentriques à l’instar du Phantom of the Paradise de De Palma


Critique de Phantom of the Paradise - Rock’n Roll attitude !
Par : Mae-Nak

Juste après avoir enchanté les foules avec son mythique Sisters, Brian de Palma se penche sur un thème qui lui est cher : la comédie musicale excentrique et horrifique, un thème, il faut bien l’avouer ? pas très exploré par les réalisateurs du cinéma de genre.

Pour comprendre cette envie, il faut se plonger dans la filmographie d’un réalisateur qui s’était surtout consacré jusque là aux comédies et qui émargeait totalement au style de metteur en scène touche à tout.

C’est donc avec une énorme envie que De Palma se lance dans une aventure pas gagnée d’avance : créer un mythe parodique du Fantôme de l’opéra avec les données et les codes visuels et humoristiques des 70’s !

Et c’est justement d’envie et de peps dont avait besoin une telle œuvre pour se laisser apprécier ! Ainsi, dès le générique, on peut constater que la bande originale est sans conteste l’une des meilleures de son époque. Frisant le génie et préconceptualisant quelque peu l’énorme buzz créé par celle de Grease, cette dernière est tout simplement la clé de voûte d’une œuvre rondement menée.

On peut d’ailleurs dire que Paul Williams (Demolition Man, Starsky & Hutch et 1408) aurait sans nul doute mérité l’Oscar de la meilleure bande-originale tant sa capacité à faire vibrer le film est particulièrement impressionnante.

D’ailleurs, durant les 20 premières minutes du film, il n’est presque question que de musique et de spectacle. C’est en fait le temps qu’il faut à De Palma pour poser les éléments d’une intrigue très bien ficelée, un peu loufoque, mais qui garde néanmoins en exemple le mythe du Fantôme de l’opéra.

En effet, notre héros, Winslow, se retrouve vite à l’état de monstre fou amoureux d’une chanteuse qui, à la base, n’a aucun avenir. Il décide donc de booster la carrière de la jeune femme avec sa fameuse sonate sur Faust, véritable bonheur musical quand elle est bien interprétée.

Malheureusement, le véreux producteur Swan veille au grain sur les activités de notre pauvre défiguré et lui fait signer un contrat, sorte de pacte de 120000 pages qui explique très clairement que Winslow lui appartient.

A partir de ce moment-là, rien ne va plus pour notre héros et le rythme de l’œuvre s’accélère de manière appréciable. Alors que la première partie faisait très clairement penser à une comédie musicale pure et simple, la deuxième fait montre d’éléments dramatiques et horrifiques de premier plan.

Certes, ce n’est pas dans ce film que vous verrez les trépanations et autres énucléations chères aux grands réalisateurs des 70’s (Romero, Fulci,…) mais au niveau du spectacle, on ne peut qu’être convaincu.

L’aspect dramatique des faits renforce bien entendu l’impact de certaines scènes, mais force est d’admettre que la scène de l’immolation, la scène finale ou encore celle, plus comique, de Beef sous la douche ont quelque chose d’intense et, dans une moindre mesure, d’assez effrayant.

On ne peut qu’admirer aussi l’accoutrement de Winslow : son masque possède un design particulier qui, bien que ressemblant presque à s’y méprendre à celui du Fantôme de l’opéra, démontre tout le charme des 70’s.

Ce charme est aussi arboré par des décors superbes d’authenticité et par un William Finley enjoué et virevoltant. Toutes ces qualités font de Phantom of the paradise une œuvre majeure du cinéma musical de l’époque. Sans être trop ancré dans le cinéma de genre, il se laissera néanmoins regarder par la plupart des gens. De Palma a donc confirmé sans problème les belles impressions laissées après Sisters !

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