Critique de film

Pensionnat (Le)

"Dek hor"
affiche du film
  • Genre : Fantastique - Fantômes
  • Année de production : 2006
  • Scénaristes : Sugmakanan Songyos
  • Acteurs : Trairat Charlie, Sukapatana Chintara, Chienthaworn Sirachuch
  • Réalisateurs : Sugmakanan Songyos
  • Pays d'origine : Thailande
  • Durée : 1h50
  • Bande annonce
  • Récompenses : Meilleure direction artistique et meilleur montage Thailand National Film Association Awards) en 2007
    Prix du public (Leeds Young People’s film Festival) en 2007
    Meilleur Réalisateur (Fajr Film Festival)
    Deutsches Kinderhilfswerk et Ours de Cristal (Festival du Film de Berlin) en 2007
    Prix Cannes Junior (Festival International de Cannes) en 2006

Je me souviens très bien de la première fois où j'ai quitté la maison... J'avais 12 ans et j'étais en classe de 5ème. En plein milieu du semestre, mes parents m'ont transféré dans une nouvelle école. C'est mon père qui cherchait à m'éloigner de la maison, et de lui plus exactement. Cela peut vous sembler curieux, mais moi, cela ne me surprend pas, car je suis le seul à connaître son secret... Etre transféré en plein milieu du semestre, c'est quelque chose de vraiment cruel. Je dois m'habituer à de nouveaux élèves, de nouveaux cours et à un nouveau dortoir dans lequel je ne me sens pas à l'aise. Le pire, c'est le nouveau lit dans lequel je dors. Qui sait combien de personnes y ont dormi avant moi ? Une rumeur dit que pendant des années, il y eut une piscine dans cette école où s'amusaient tous les élèves. Mais elle a fermé le jour où l'un d'entre eux se noya...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Le pensionnat - C’est la rentrée...
Par : Evil Seb
Tags : Asiatique, Fantômes

Si chez nous le cinéma est plutôt connu pour ses films d’actions, Ong Bak et Tony Jaa en tête, le cinéma d’horreur, bien que peu exporté dans nos contrées, n’est pas en reste au Pays du Sourire. Le Pensionnat, souvent appelé « Dorm », son titre anglais, est un film thaï qui nous propose un drame horrifique mettant en scène des enfants et des prétendus fantômes dans une pension pour jeunes adolescents.

Le réalisateur avoue s’être inspiré de sa propre histoire pour écrire ce film : lui aussi s’est vu mis en pension par son père lors de son enfance et d’innombrables légendes et histoires étranges circulaient sur cet endroit. Le décor étant planté, le film navigue sur les sentiers battus du film de fantômes durant la première demi-heure. En effet, scènes de tensions, effets sonores et apparition furtive, tout est fait pour nous faire sursauter à plusieurs reprises. Et ça marche. Sugmakanan maîtrise totalement son sujet alors que c’est sa première incursion dans le genre qui nous intéresse. Auparavant, il n’avait signé qu’une comédie mettant déjà en scène des enfants qui avait été un très gros succès sur le marché local.

Le début du film, très réussi donc, instaure une ambiance feutrée digne des films de la Hammer ou d’une œuvre comme Les Autres d’Amenabar. Ambiance renforcée par l’immense bâtisse hébergeant des centaines d’enfants et le personnel du pensionnat qui semble cacher un lourd secret. Chaque personnage est très bien écrit par le scénariste/réalisateur et sous la personnalité de chacun on sent poindre une fêlure, une cicatrice indélébile intimement liée à l’endroit qui nous occupe.

Que signifie donc ce disque rayé et ses pleurs sortant du bureau de l’impitoyable directrice ? Ton (Charlie Tirarat), le nouveau, va devoir faire sa place dans cet endroit inquiétant et parmi ses nouveaux camarades. Grâce à ce personnage, Sugmakanan va pouvoir sortir de la trame classique de la ghost story et traiter de sujets plus personnels propres à l’enfance et à l’adolescence. Des thèmes universels qui touchent tout un chacun mais le fait de les explorer au travers d’un regard enfantin leur donne plus de force et de véracité.

Ainsi, plus le film avance, plus l’histoire de fantômes laisse place aux enfants et nous dévoile son vrai charme, un peu comme le double effet kiss cool : on croit savoir où on va, marcher sur les plates bandes de L’Echine du Diable, avant d’être à nouveau surpris par la tournure plus dramatique du film qui s’attache a la relation entre deux enfants solitaires, Ton et Wichien. Et c’est dans cette relation que se trouve le cœur et l’âme du film. Une histoire d’amitié, d’amour et de solitude, du douloureux passage de l’enfance à l’adolescence et de l’éloignement familial. Car Ton lui aussi cache un secret, qui nous sera dévoilé petit à petit sous forme de flash back parfaitement distillés dans l’intrigue principale et qui nous montre la vraie raison de l’envoi de Ton dans cette pension hantée.

Le film fait mouche sur le fond en mêlant habilement drame familial, comédie et film d’horreur mais la forme n’est pas en reste. Le film est somptueusement mis en scène avec un classicisme impeccable rappelant la nouvelle école espagnole et les effets spéciaux numériques, utilisés avec parcimonie dans la scène de la noyade notamment, sont d’une beauté à tomber. La photographie et le montage sont au diapason et servent admirablement le propos du réalisateur. Enfin, les deux enfants (Charlee Tirarat et Sirachuch Chienthaworn) du film sont exceptionnels de justesse et de naturel, aussi bien dans les scènes d’émotions, de terreur que d’humour.

Le Pensionnat est en définitive un très beau film sur l’amitié, la solitude et le pardon transposés dans un monde d’enfants. Sugmakanan n’use d’aucun artifice ou twist vu mille fois pour donner une consistance à son propos, il se contente d’insuffler un supplément d’âme et d’humanité dans un film déjà plein de qualités. Une belle réussite donc qui se permet, dans la même scène, de faire frissonner et pleurer le spectateur. Un film, et un cinéma thaï en général, à découvrir au plus vite.


Critique de Le Pensionnat - Dessine-moi un fantôme...
Par : Gore Sliclez

En plein milieu d’un semestre, Ton Chatree, 12 ans, est envoyé par son père dans un nouveau pensionnat. Meurtri par cette décision, Ton découvre alors une école austère où planent de nombreux mystères et un passé douloureux à la suite du suicide d’un des enfants. Seul, brimé et incompris par les autres, le nouveau pensionnaire se lie d’amitié avec un autre écolier solitaire. Très vite il se rend compte que celui-ci n’est autre que le fantôme de l’enfant suicidé…

Premier vrai long métrage du Thaïlandais Songyos Sugmakanan, Le Pensionnat est un de ces films qui ne se découvrent pas tout de suite et qui prend le temps de dévoiler petit à petit les renversements scénaristiques de son histoire. Secrets, mensonges et rumeurs se révèlent ou s’annihilent au fil du récit et le réal nous apporte patiemment les morceaux d’un puzzle émouvant.

D’une beauté visuelle asiatique et classique, le film est pourtant sombre à l’instar de ces filtres aux couleurs ternes et ces décors lugubres d’un pensionnat glauque. Quelques effets spéciaux, pourtant techniquement difficiles, s’insèrent tout naturellement dans le film et nous offrent des scènes parfois émouvantes (l’enfant coulant dans une piscine vide) ou choc (le fantôme d’une jeune fille pendue).

Dès lors, la caméra préfère s’attarder sur Ton Chatree, ce jeune garçon remarquablement interprété tout en pudeur, sobriété et émotion par le jeune Charlie Trairat. Un personnage qui n’est pas sans nous rappeler le sort du petit Carlos dans The Devil’s Backbone (2001) de Guillermo del Toro, dans lequel, là aussi, l’enfant se retrouvait dans un orphelinat isolé, confronté au fantôme d’un ancien pensionnaire et où secrets et mensonges créaient une tension et une atmosphère pesante. Mais là s’arrête la comparaison, car ici nul fantôme revanchard mais plutôt une âme en peine, victime de malentendu et qui va aider Ton à s’émanciper, se dévoiler et s’accepter comme dans un véritable voyage initiatique.

Naviguant entre cinéma d’auteur et film d’horreur, Le Pensionnat est un film touchant et sympathique qui, malgré certaines longueurs et une certaine lenteur, arrivent à nous captiver en distillant subtilement au fil des scènes les clés du mystère de Ton Chatree et de son ami fantôme.


Critique de Le Pensionnat - L’esthétique à la rescousse !
Par : Mae-Nak

Alors que le cinéma asiatique peine pour l’instant à se réinventer après des années de fastes marquées notamment par les sorties des ghosts Ju-On : The Grudge, Ringu ou Dark Water, deux pays font exception : la Thaïlande et la Corée du Sud. Si cette dernière bénéficie depuis de longues années déjà d’une aura incomparable en Orient, la Thaïlande se retrouve à un poste qu’elle a rarement occupé. Mais avec l’avènement du sublime Shutter de Banjong Pisanthanakun et Parkpoom Wongpoom en 2004, cette industrie du cinéma s’est révélée aux yeux du monde entier. Autre bête de concours, Le Pensionnat de Songyos Sugmakanan sortit dans son pays d’origine en 2006 avant de parcourir le monde au gré des festivals. Sugmakanan, qui n’avait jusque-là réalisé qu’un court et une comédie, vit son œuvre récompensée à de nombreuses reprises, au point de déclencher un véritable engouement dans les pays visités. Doté d’un pitch assez dramatique, Le Pensionnat avait tout (et peut-être plus encore) pour charmer un public lassé des simples ghosts stories asiatiques devenues curieusement trop formatées. En plein milieu d’un semestre, Ton Chatree, 12 ans, est envoyé par son père dans un nouveau pensionnat. Meurtri par cette décision, Ton découvre alors une école austère où planent de nombreux mystères et un passé douloureux à la suite du suicide d’un des enfants. Seul, brimé et incompris par les autres, le nouveau pensionnaire se lie d’amitié avec un autre écolier solitaire. Très vite il se rend compte que celui-ci n’est autre que le fantôme de l’enfant suicidé…

Le premier élément frappant à l’entame du Pensionnat est sans aucun doute la mise en forme d’un ensemble décidément charmeur. A mi-chemin entre la froideur d’un Dark Water et l’esthétique employée par Guillermo Del Toro sur L’échine du diable, Sugmakanan parvient à mettre en scène un univers tout à fait particulier, à la fois sombre et anxiogène. A ce titre, les décors particulièrement réussis offrent au film un touche proche d’un cinéma auteurisant. Cinéma dont Sugmakanan est proche par le traitement qu’il apporte tant à son intrigue qu’à ses personnages.

A mi-chemin entre drame et film d’épouvante, l’œuvre donne lieu à de nombreuses séquences poignantes jouant avant tout sur les silences et sur le jeu particulièrement relevé de comédiens pourtant fort jeunes. A ce titre, la prestation de Charlie Trairat offre à elle seule toute la puissance à l’avancée d’une intrigue bien ficelée. Mais, malgré ces éléments encourageants, l’ensemble s’enlise peu à peu au fil des révélations faites au petit héros. Fort proche dans son intrigue d’une Echine du Diable totalement réussie, Le Pensionnat souffre notamment de la dramaturgie trop présente et dès lors de répétitions scénaristiques un peu trop prononcées. Le film est délicat, certes, mais peine à tenir la longueur tant son rythme déprécie au fur et à mesure. Ce qui avait commencé comme un film d’horreur se transforme bien trop en drame à l’imagerie fine, ce qui, quoi qu’on puisse en dire, reste décevant.

Trop auteurisant que pour rester véritablement charmeur, Le Pensionnat fait preuve d’un certain laisser aller horrifique dans sa seconde partie. Malgré une entame parfaite tant sur le fond que le forme, le film de Sugmakanan tire un peu trop sur la corde et se révèle être une création hybride lorgnant un peu trop vers L’échine du Diable. La prestation de Charlie Trairat et une esthétique jamais reniée viennent néanmoins sauver un propos ennuyeux au fil du temps…


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