Alors que l'extrême droite est sur le point d'arriver au pouvoir, de jeunes banlieusards commettent un braquage. Poursuivis par des flics hargneux, les membres de la bande dépassent la "frontière" de leur propre violence. Ils s'enfuient en voiture et débarquent dans une auberge perdue en pleine forêt, à la limite de la "frontière" luxembourgeoise. Les tenanciers de cet étrange établissement, accueillants dans un premier temps, vont peu à peu montrer leurs vrais visages : celui de la folie et de la mort ! Crochets de boucher purificateurs, porcs agressifs, coups de flingue mal placés, armes blanches aiguisées à l'extrême, cannibalisme déjanté, néo-nazi sur le retour : les potes vont devoir affronter la douleur absolue et dépasser la "frontière" de l'horreur la plus extrême. Tout ça dans un seul et unique but : survivre. Ou mourir vite !
« Ce film accumule des scènes de boucheries particulièrement réalistes et éprouvantes », voilà ce que titre fièrement l’affiche du dernier film de genre français : Frontière(s). Autant dire que l’attente a été longue, les premières images sont apparues il y a environ un an, le réalisateur Xavier Gens a même eu le temps de tourner un film avant de voir sa première œuvre sur les écrans. Que reste-il au final ? Un film français
pardi !
Depuis quelques temps, le cinéma de genre français sort de sa léthargie pour nous offrir quelques bandes plutôt réussies, même si on est encore loin de la qualité du cinéma anglais ou espagnol et bien sûr américain. Frontière(s) était donc attendu comme le messie, on nous promettait de la violence à outrance, de la réflexion et de la folie. Autant dire que Gens était attendu au tournant. À l’arrivée, Gens évite le lynchage mais n’emporte pas les foules non plus. Frontière(s) est un film correct sous bien des angles mais est pourtant miné par quelques défauts majeurs.
On le sait maintenant, les jeunes réalisateurs français ont la fâcheuse manie de bourrer leur film de clins d’œil (ou plagiats à vous de voir). Gens ne déroge pas à la règle et va jusqu’à illustrer cet état de fait. Ne pouvant s’empêcher de montrer ses connaissances du cinéma de genre, il nous montre une famille de dégénérés à la Massacre à la tronçonneuse, pique des plans à Wolf Creek, reprend des morts à Haute tension, installe une atmosphère à la Sheitan, reprend un Samuel Le Bihan période Total Western, et j’en passe. Surtout que le script n’a rien de folichon sur le papier, une bande de braqueurs en cavale tombe sur une famille de néo nazis campagnards, bien décidée à en découdre. Les personnages sont classiques, le délinquant qui n’a peur de rien, le faux gentil, l’obsédé un peu niais et la jeune fille courageuse. Face à eux, un LeBihan donc qui retrouve son rôle de méchant bodybuildé et dégoulinant de sueur, une Estelle Lefebure en femme fatale de la campagne, et des sales gueules piochées ici et là que n’aurait pas reniées Tobe Hooper. Une mention spéciale tout de même à Patrick Ligardes, acteur méconnu mais ô
combien talentueux, je vous laisse le plaisir de le découvrir.
Que fait-on donc quand on n’a pas vraiment de scénario, qu’on ne veut pas travailler les personnages ni prendre le temps d’instaurer une atmosphère ? On mise sur le gore bien sûr. Et là Gens n’y va pas avec le dos de la cuillère, justifiant son interdiction aux moins de 16 ans et son accroche. On a donc droit à une suite de scènes ultra violentes, où le sang coule à flots, où on hurle et où on tue. Mais les cadrages hasardeux et les plans qui se veulent près de l’action rendent le tout peu lisible, même si on a droit à de très beaux plans fixes. Mais on tombe rapidement dans la surenchère, très vite le film prend la tournure du sang pour du sang. Et quelques effets ratés viennent lourder le tout (je pense à la tête qui explose comme une citrouille ou la scène de la vapeur.)
Mais le gros point faible du film vient de son pseudo engagement politique, même si on dit souvent qu’un film d’horreur se doit d’être subversif et engagé, ça reste quand même un film d’horreur. Alors pourquoi insérer l’histoire dans un climat d’émeutes suite à l’élection de l’extrême droite au second tour des élections ? Pourquoi nous resservir le message manichéen des jeunes de banlieues défavorisés et des provinciaux restés à l’époque de la seconde guerre mondiale ? Les messages lourdauds et les dialogues qui se veulent percutants et réalistes, tournent rapidement à vide, ça s’insulte, ça hurle, mais c’est tout. On prend presque plaisir à voir ces blancs becs se faire fermer le clapet à coup de haches. Le film traîne donc ses implications sociales
comme un boulet, rappelant qu’en France un film se doit d’être engagé, même si le message est flou et mal venu.
Un choc donc, graphique surtout, mais qui ne dépareille pas dans le paysage cinématographique d’horreur international, optant pour une politique rentre dedans et une sincérité qui fait plaisir à voir. Dommage que le scénario ne suive pas et qu’on nous fasse la morale de surcroît. Frontière(s) a donc surtout le mérite d’être français.
Troisième film français coup de poing après Haute Tension et À l’intérieur, Frontière(s) était annoncé à l’instar de ses prédécesseurs comme le film qui allait donner un bon coup de pied dans la fourmilière et faire renaître le cinéma de genre en France. Pour un tel pari, Xavier Gens s’entoure d’une équipe de fidèles comme Estelle Lefébure (avec qui il a travaillé pour le film Au petit matin, 2005) et Samuel Le Bihan (idem pour Fotografik, 2006). A la production on retrouve ses comparses Luc Besson et Laurent Tolleron, la musique est signée Jean-Pierre Taieb et pour la photographie un Laurent Barès décidément talentueux. C’est donc toute une bande de sympathiques fêlés qui entreprennent cette longue et difficile gageure, tout l’art de savoir s’entourer pour un réalisateur culotté et passionné.
L’histoire ? La France est passée sous le contrôle d’un gouvernement fasciste d’extrême droite et fait la chasse à cette « racaille » des banlieues via une police expéditive et ne faisant plus dans la dentelle. Et pour ceux qui, par malheur, ne possèderaient pas les caractéristiques aryennes, cette France n’est plus la leur… Fuyant cette atmosphère délétère, une bande de petits braqueurs parisiens se perdent en pleine campagne et décident de loger dans un motel miteux tenu par des néonazis sanguinaires et cannibales.
Avec une tel scénario, inutile de dire que la tâche entreprise par Gens s’avère difficile, voire impossible, à « vendre » à des producteurs et distributeurs de l’hexagone. C’est sans compter la détermination du réal français et du bienfaiteur Canal + (via la branche French Frayeurs) qui décident de garder leur ligne créatrice, défendant scène par scène contre une censure très pesante. Car Frontière(s) est sans nul doute un film d’une violence très visuelle qui repose sur un scénario dérangeant, voire provocateur en ces temps de tensions sociétales.
Avec l’utilisation d’une pellicule granulée rappelant furieusement celle employée dans les années 70 et de nombreuses références aux films de cette époque on pense inévitablement au film phare de Tobe Hooper, Massacre à la tronçonneuse. C’est que cette famille de dégénérés fachos conviés autour d’un repas de famille sous l’emprise d’un ancien officier nazi paternaliste ça rappelle forcément quelque chose. Filmées caméra à l’épaule, les scènes de torture pratiquées par de gros garçons bouchers (ne pas oublier le très saillant tablier de circonstance) et d’égorgements barbares se succèdent dans une ambiance poisseuse, craspec voire vomitive.
Un survival hardcore, jusqu’auboutiste et nihiliste qui rend brillamment
hommage à un certain cinéma contestataire, trash et politisé venant des States ou d’Italie, contemporain ou d’époque.
Seulement voilà, Estelle Lefébure (en Baby-Sheri Moon-Firefly) et Samuel Le Bihan ont beau être terriblement bons et à contre-courant total de leurs anciens rôles, on ne peut malgré tout se demander si ce choix fut judicieux compte tenu justement de leur médiatisation people (trop) importante. Ajoutez à cela un second degré incarné par des personnages caricaturaux (le patriarche nazi et sa progéniture costumés en SA) déclamant des phrases bateau d’un autre temps et vous aurez ce sentiment dommageable de distanciation par rapport à l’histoire et à ses protagonistes. Paradoxal quand on pense à l’interprétation viscérale de Karina Testa… Situation étrange accentuée en cela par un souhait tout à fait louable de la part de Xavier Gens de rendre hommage coûte que coûte à sa galerie de films cultes.
Frontière(s) est une œuvre militante, gonflée et impertinente qui a le courageux mérite de crier haut et fort que le cinéma de genre (et spécialement d’horreur) a sa place dans le paysage cinématographique trop guindé en France. Un film fort, à la photographie très soignée, qui témoigne assurément du grand talent en devenir d’un Xavier Gens déjà fort plébiscité aux States.
Jadis assistant de Ringo Lam et Tsui Hark, Xavier Gens se fait un nom avec son court métrage Au petit matin ainsi qu’avec son segment de la série Sable noir avant de se lancer dans son premier long métrage intitulé Frontière(s) où il retrouve des amis qui ont déjà collaboré avec lui comme Samuel Le Bihan ou Estelle Lefébure. Fan d’horreur de la première heure, Gens souhaite avec son long faire un film hommage au cinéma qui a bercé son enfance et son adolescence. Dès lors, le réal n’hésite pas à citer volontiers au sein
de son métrage ses multiples références.
L’influence première est incontestablement le Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper qui a marqué des générations entières par son atmosphère malsaine et son concept trash (bien qu’aucune goutte de sang n’intervienne). Peu admiratif du remake de Marcus Nispel qu’il trouve trop commercial, Gens souhaite réaliser avec son film un hymne à l’œuvre hooperienne. Les références sont multiples : photographie superbe et atmosphère poisseuse, scène du dîner, jeune homme pendu à des crochets, … Le métrage pousse également vers d’autres œuvres incontournables : Estelle Lefébure arbore la dégaine de Sheri Moon Zombie dans The Devil’s Rejects, le film emprunte son côté trash à Saw ou autres Cabin fever. En clair, Frontière(s) est un film ultra référentiel qui renvoie aux meilleurs survivals de Massacre à la tronçonneuse à Wrong turn en passant par Délivrance.
Cependant, le présent métrage n’est pas seulement un digest des meilleurs films du genre mais compte bien influencer autant qu’il l’a été. Tombant volontiers dans la caricature exagérative, Gens donne un ton plus léger mais aussi plus dramatique à son film. L’excès n’est malheureusement pas très éloigné de la réalité comme le prouvent les gunfights entre jeunes racailles (reprenons les termes du président français) et policiers qui ont depuis trouvé une correspondance dans les faits réels ou les associations fâcheuses du clan nazi (les jeunes sont des racailles, des brûleurs de voitures, ceux qui ne mangent pas de porc sont des Juifs, Amsterdam est la ville de la drogue, …). En ce sens, bien plus qu’avec les scènes d’émeutes placées en début du film, Gens touche au politique et au social. Mieux, il le fait avec brio et ne tombe pas dans la critique facile. Il se fait maître d’une démonstration discriminatoire et use et abuse de la violence comme d’un catalyseur de ces pulsions humaines poussées à l’extrême.

Certes, on aurait bien des choses à redire sur Frontière(s). On pourra critiquer certaines répliques parfois surjouées par l’un ou l’autre comédien. Le film souffre également d’un manque d’équilibre, déversant l’essentiel de son énergie dans un final quelque peu too much. Mais ce serait là ne pas tenir compte de l’évolution en matière de cinéma du genre français qui doit résorber un sacré retard (d’où un certain anachronisme) ni de l’intention de départ du réalisateur qui comptait livrer un film jusqu’au-boutiste et a concentré toute son énergie et mis toute son âme pour atteindre ce but.
Frontière(s) est un grand film qui va jusqu’au bout de ses idées et assume complètement sa violence. Mention spéciale pour la superbe scène de la coupe de cheveux, poétique et insoutenable, paradoxe suprême qui entérine une fois pour toutes le savoir-faire de Xavier Gens.
Xavier Gens, sympathique fan de cinéma de genre, s’est lancé dans l’aventure Frontière(s) à un moment où le cinéma de genre tricolore se porte un peu mieux. Avec des œuvres comme Haute Tension ou A l’intérieur, le réveil annoncé a enfin eu lieu et il était donc du devoir de Frontière(s) de confirmer ces très bonnes impressions.
Le moins que l’on puisse dire est que Gens s’attelle dès le départ à nous donner du rythme en main : filmant avec saccades une fusillade entre bandits énervés et flics ultra-violents, Gens place la barre très haut.
Des morts à la pelle et un état français présenté comme totalement fasciste, Xavier Gens a su où frapper le plus fort. Profitant des émeutes nées à Clichy, le réal a su surfer sur l’actualité d’un
état qui paraît, il est vrai, de plus en plus mal embarqué.
Ce contexte extrêmement politisé est propice à une petite critique de l’état français où la ghettoïsation et la marginalisation des banlieues sont choses courantes à l’heure actuelle. D’aucuns prendront ça comme un cliché mis en scène par Gens, cliché de petits banlieusards bien ancrés dans notre époque.
Mais ce que Gens a surtout voulu faire, c’est mettre en avant comment notre société pourrait retomber dans les travers passés à savoir ceux du fascisme et de l’extrême droite, parti qui monte en France à l’heure actuelle.
C’est ainsi qu’il tente un parallélisme entre cet aspect politique et la famille de barbares ardennais, descendants directs d’un nazi de la guerre 40-45. Tout un programme donc que Gens s’échine à nous faire passer de la meilleure manière qui soit.
C’est ainsi que, très vite, dans l’auberge, l’ambiance bizarre que suscite les comportements de Gilberta et Klaudia, véritables nymphomanes, qui en veulent directement au sexe des clients et de Goetz, le frère quelque peu barbare de ces dernières.
C’est à cet instant que l’on se demande si Gens a vraiment bien fait de mettre en scène cette famille bizarre car, entre Gilberta et Klaudia qui évoquent sans nul doute Sheri Moon Zombie dans Devil’s Rejects et Goetz qui rappelle tant Massacre à la tronçonneuse que La maison des 1000 morts, on se retrouve un peu trop cloisonnés dans l’univers cher à Gens.
L’impression de déjà-vu va grandissant au fil des scènes mais…. C’est sans compter sur l’immense qualité de la mise en scène du réal mais aussi sur le talent d’acteurs que l’on n’aurait pas cru une seule seconde si performants !
Samuel Le Bihan, dans le rôle de Goetz, donne un caractère
très spécifique à un personnage terriblement mystérieux et nous régale par ses mimiques d’une infinie efficacité. Il est parfaitement appuyé par une Estelle Lefébure (ex-madame Arthur selon les potins people) totalement efficace dans un rôle pas évident du tout de nymphomane complètement dérangée. Jean-Pierre Jorris (83 ans, quelle santé !) vient parfaitement compléter ce casting de choc en interprétant à merveille cet ancien soldat nazi vraiment dingue sans qui ces pauvres gens seraient bien tranquilles.
Or, grâce à la mise en scène de Gens, nos héros sont tout sauf à l’aise ! Les scènes d’une intensité et d’un gore exquis s’enchaînent alors à la vitesse V-V’ et c’est avec grand peine que certains assisterons à quelques unes d’entre elles.
Une trépanation particulièrement hard et une chambre froide qui fait éprouver toutes les douleurs les plus atroces à une des victimes sont sans aucun doute les clés de voûtes d’une deuxième partie vraiment fort agréable à suivre.
Au final donc, Gens nous livre un film qui, en plus de dénoncer ce qui, mine de rien, pourrait fort bien arriver, parvient à captiver par une mise en scène énergique. Malgré un canevas parfois fort convenu, c’est donc avec un immense plaisir qu’il faut découvrir cette œuvre bien ancrée dans notre époque. Le cinéma de genre français est sur la bonne voie et c’est à des personnes comme Gens que nous le devons !
Voici la nouvelle sensation forte du cinéma de genre français. On le sait, Xavier Gens est un vrai passionné et il a dû en découdre sur ses deux films pour obtenir ce qu’il voulait. C’était perdu d’avance sur Hitman qui est un produit ultra calibré et commercial mais sur Frontière(s), son tout premier long, le réalisateur a pu se lâcher tant bien que mal pour fournir le survival hardcore qu’il avait en tête. Tant mieux, a-t-on envie de dire, mais est-ce que cela est suffisant pour en faire un bon film ?
Passé une rapide introduction plantant un arrière-plan politique qui ne sera pas d’avantage exploité (et qui ne sert pas à grand-chose dans l’histoire qui suit, il faut bien l’admettre), le film de Gens s’enlise dans la citation facile. Les emprunts aux films de Hooper et de Peckinpah sont évidents, et l’on se rend bien compte de la cinéphilie du réalisateur-geek. On repassera donc pour l’originalité car l’histoire est on ne peut plus classique pour le genre et les références présentes sont archi-usées. L’intérêt du film se situe donc ailleurs. Techniquement, le film a de la gueule et Gens fait preuve d’une maîtrise certaine (voir le gunfight final). En plus, il ne fait pas dans la dentelle. Car pour être gore, Frontière(s) est foutrement gore ! Sur cet aspect là, on ne nous a pas menti. A partir de là, le film se regarde donc comme un divertissement généreux sans jamais hélas nous emporter dans des sentiments extrêmes ni nous faire ressentir quoique ce soit pour ses protagonistes. On aurait plus tendance à rire qu’à vibrer face à ce film qui bénéficie d’une interprétation plus que mitigée. Pour une Karina Testa qui se donne à fond et une Estelle Lefebure presque aussi bandante et salope qu’une Baby Firefly, on se coltine un Samuel Le Bihan dont le jeu est aussi poussif et hilarant qu’un catcheur de la WWE et un vieux nazi tout naze dont le discours est chiantissime.

Loin d’être raté, le premier film de Gens varie entre le très bon et le très mauvais : une histoire banale mais des moments très gores, des comédiens pas forcément bien dans leurs rôles mais une belle maîtrise technique, un ton très sérieux et dérangeant (la scène de la coupe de cheveux) mais des caricatures et des instants ridicules qui tournent au granguignolesque et à la bouffonnerie. A vouloir trop en donner, Gens n’a pas trouvé le bon équilibre et c’est bien dommage. Le prochain essai sera peut-être le bon.
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