Critique de film

Jour des Morts-Vivants (Le)

"Day of the dead"
affiche du film

Suite à l'invasion planétaire de morts-vivants, un petit groupe arrive en hélicoptère pour rechercher d'éventuels survivants. Peine perdue, ils regagnent leur base, un camp militaire fortifié. Dans ce camp qui est en fait un silo à missile datant de la guerre froide, la tension est présente entre les deux factions présentes, les militaires et les scientifiques. Les militaires sont partisans de l'éradication pure et dure des zombies - les scientifiques recherchent un moyen d'éradiquer la contamination.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Le jour des Morts-Vivants - Le jour de gloire tout simplement !
Par : Mae-Nak
Tags : Zombies

1985 est l’année choisie par Romero, considéré comme le maître incontesté des films de zombies (La nuit des Morts-vivants, Zombie, Le territoire des morts, Diary of the dead), pour compléter sa trilogie des Morts-Vivants. On aurait pu croire que le réalisateur bénéficierait de plus de crédit et qu’on lui accorderait sans problème les 7 millions de dollars de budget qu’il réclamait afin d’optimiser les effets gores de son troisième opus. Hélas, il n’en fut rien ! Les producteurs bornés d’Hollywood avancèrent seulement la moitié de la somme réclamée !

Qu’à cela ne tienne ! Romero a déjà prouvé à de maintes reprises qu’il savait bricoler avec des budgets plus que serrés, il est même passé maître dans cet exercice de style. Encore une fois, le métrage que nous livre le maître est incontestablement un chef-d’œuvre inclassable et inégalable. Encore une fois, l’ami George nous abreuve en tripes, en émotions, en sensations fortes et en critique sociologique ! Bref, du Romero tout craché !

Dès le premier plan, pourtant tout à fait irréel, on comprend que l’on va avoir affaire à un huis-clos, plutôt habituel chez le réalisateur. Cette fois, l’action se déroule dans une base militaire ultra-protégée d’un monde post-apocalyptique. Villes désertes et squelettes moisis sont au programme tandis que les animaux sauvages ont déjà tout envahi. C’est donc dans cette ambiance à la Je suis une légende que l’intrigue commence. Ce fait est plutôt original pour un Romero qui nous plongeait d’habitude au cœur de la bataille (Zombie, La nuit des Morts-Vivants) : ici, nous n’avons plus qu’à constater un désastre déjà accompli et auquel personne n’a su rien changé.

C’est dans cette ambiance oppressante et détestable que rivalisent des scientifiques et des militaires. C’est à ce moments que Romero choisit de placer ses habituelles critiques envers la société : il dépeint à merveille ce à quoi conduit une dictature militaire. Ceci n’est donc pas sans rappeler la suprématie militaire américaine de l’époque sur le thème « Fais ce que je dis où je bombarde ton pays » !

Nous pouvons aussi constater qu’une autre grande idée a été développée en marge de la première : de l’oppression d’un peuple découle forcément son humiliation et des maltraitances insupportables. C’est ainsi que nous assistons avec un certain dégoût à une sorte de pêche aux zombies effectuée par des militaires aussi répugnants qu’insultants. Le bras d’honneur et les insultent fusent envers les captifs alors que le réalisateur démontre par A+B toute la bêtise de ces militaires « colonialistes ».

C’est d’ailleurs dans ce ton-là qu’un pilote d’hélicoptère, un peu plus évolué que ses congénères militaires, dit de l’un d’eux : « Non ! Il est humain et c’est bien ça qui m’inquiète ! »

Le gore est bien évidemment présent et donne une dimension supplémentaire à l’œuvre. Bien sûr, on s’attendait à du sang de la part de l’un des maîtres du domaine, mais là, Romero a choisi de pousser le bouchon (presque trop) loin ! Les éviscérations et décapitations sont nombreuses et certains plans sont à la limite du supportable. Les démembrements effectués par les zombies sont tout aussi géniaux et l’ont reconnaît de suite derrière ces maquillages le brillant Tom Savini (Zombie, L’armée des morts, Le territoire des morts).

Le thème du savant-fou est aussi largement abordé et il s’agit là d’une première pour Romero. Le moins que l’on puisse dire est que, pour un coup d’essai, le réalisateur s’en sort à merveille en s’appuyant sur un personnage aussi délirant que loufoque et, surtout, sur un acteur de grand talent en la personne de Richard Liberty.

Le binôme que ce savant forme avec le zombie Boubou est la véritable force du film et, aussi, la grande avancée menée par Romero. Grâce à Boubou, Romero avance que les zombies sont dotés de sentiments et même de souvenirs.

Ces soi-disant monstres prennent alors un caractère humain et dirigent les spectateur vers un terrible retournement psychologique : on en vient soudain à se dire que ce ne serait pas plus mal si les zombies éradiquaient les humains. C’est sans doute l’un des plus beaux coups de la carrière du réalisateur !

Ce Boubou donne une puissance incroyable au récit et surtout offre de terribles émotions : on rit face à ses apprentissages, on pleure face à ses malheurs, on est heureux tout simplement d’assister à cette petite tranche de vie d’un personnage hors norme !

Romero est tout simplement le seul à avoir imaginé des zombies aussi attachants qu’évolués mais c’est surtout le seul à leur avoir donné la consistance qu’ils méritaient. Méfiance envers les humains, crises de pleurs des « enfants de l’enfer », vengeance plutôt évoluée de ceux que l’on considère comme de bêtes animaux,…

Une fois de plus, Romero nous bluffe et nous offre une petite perle du cinéma de genre ! Un chef-d’œuvre qui vous apportera bien des émotions ! Mieux qu’un simple film, Romero signe encore une fois une œuvre révolutionnaire en bien des points !


Critique de Le jour des morts-vivants - Papa Georges est revenu
Par : Dante

Et oui, après La nuit des morts-vivants et Zombie, le maître du film de zombie revient pour boucler sa trilogie (du moins on le croyait à l’époque). Bien entendu un film de Romero fait beaucoup de bruit, surtout lorsqu’il s’agit de zombies, et Le jour des morts-vivants est la suite logique des deux œuvres précédentes au point de vue de la qualité.

Ce qui est remarquable avec Romero, c’est qu’il reste le maître incontesté du film de zombies depuis des années, et qu’il est le seul à se servir de ce genre dans une optique différente des autres réalisateurs. Là où certains misent sur le gore à outrance, montrant des armées de zombies, des démembrements et des luttes acharnées entre zombies et vivants (ce que Romero aura la faiblesse de faire avec Land of dead, mais ça c’est une autre histoire…), Romero, lui, se sert de ce contexte d’apocalypse pour une tout autre fin. Sans vraiment de lien avec les œuvres précédentes, on retrouve ici un groupe de survivants isolé dans une base souterraine dirigé par des militaires. Si le début du film commence sur la vision d’une ville envahie par les morts-vivants (sublime scène soi dit en passant), Romero ne tarde pas à se concentrer sur les survivants eux-mêmes. Si les morts-vivants sont toujours présents, l’accent est surtout mis sur les relations entre personnages, c’est là que réside le génie de Romero et la force de son œuvre.

Le cadre est très vite placé, huis clos claustrophobique, militaires légèrement déviants et chef tyrannique. On suit le parcours de Lori Cardille, survivante troublée, et de ses amis tout aussi sain d’esprit. Au rythme de dialogues rapides et bien sentis, Romero ne tarde pas à esquisser les personnalités de chacun et le conflit à venir. Mon coup de cœur va au personnage du docteur "Frankenstein", oscillant entre le registre comique et le malsain. Le film enchaîne donc sur la confrontation de tous ces personnages, comme dans La nuit des morts-vivants, les personnalités s’affrontent, et les zombies sont absents durant de longues scènes. Mais Romero n’oublie pas non plus qu’il réalise un film d’horreur, on a donc droit à quelques scènes gores, notamment dans le labo du docteur, où l’on retrouve des effets spéciaux de très bonne facture.

La grande surprise du film et sa plus grande force est l’insertion du comique et du dramatique dans le film. Rare dans un film de cette trempe, le pari était osé, mais il participe à rendre cette œuvre culte. Cet aspect comique réside dans le personnage de Boubou (traduction française), le zombie domestiqué (cousin de Fido) au visage inénarrable et qui réserve quelques sourires lors de l’utilisation d’objets tout à fait anodins. Mais plus qu’une bouffonnerie, au même titre que les frasques du docteur "Frankenstein", ces scènes renforcent l’exploration du mythe que Romero a lui-même créé.

Entretenant le mystère sur l’origine des zombies, il en disperse pourtant quelques miettes ici et là, et l’analyse scientifique et même philosophique font de ce métrage quelque chose de bien plus puissant qu’un simple film d’horreur et lui donnent un statut radicalement ontologique. Ce n’est pas rien pour un film de zombies ! La relation père/fils de Boubou et "Frankenstein" tend également vers l’affectif et le drame, la scène où le zombie retrouve le docteur mort n’a rien à envier à la force dramatique de la scène entre Ripley et l’Alien blanc dans Alien Ressurection.

Mais les fans de films d’horreur ne sont pas laissé-pour-compte car, dans les dernières minutes, le gore reprend ses droits et l’on assiste à un véritable massacre, très versé dans le sang et le cannibalisme. Romero s’offrant une longue description via plusieurs points de vue du repas des zombies.

Une œuvre puissante et inévitablement culte, autant par sa force de violence et de gore que par les réflexions qui y sont amenées. Une œuvre maîtresse du genre, un chef-d’oeuvre, je ne vois pas d’autres mots.


Critique : Le Jour des morts-vivants - Le sous-sol de la mort
Par : Winslow Leach

Comparé au Zombie version Argento, Day of the dead lève quelque peu le pied. Néanmoins, il ne s’avère pas moins virulent et désespéré dans sa représentation d’une humanité déchue et cruelle. Aux côtés des humains, les zombies, toujours très avides de tripailles, se feraient presque passer pour des gentils sur ce coup-là.

A l’abri des morts-vivants, un groupe de scientifiques cohabite avec des militaires dans une base souterraine. Ils n’ont plus aucun contact avec le monde extérieur et pour aggraver le tout, ils sont désormais sous les ordres d’un chef psychotique. La tension monte alors entre les deux camps et, au milieu, les zombies rôdent, toujours affamés de chairs humaines malgré les expériences parfois concluante du Dr. Logan, une sorte de Dr. Frankenstein maboul qui tente d’apprivoiser les revenants.

Le troisième opus de la saga de tonton Romero est tout aussi succulent que les précédents. Pourtant parfois un peu moins apprécié à cause de ses « longueurs » (en réalité des scènes de dialogues pourtant très intéressantes), il véhicule tout du long une tension insupportable qui éclate lors d’un final où sang et tripailles (blood n’ guts comme on dit là-bas) envahissent l’écran de part en part. Déjà excellent comme on le connaît, Le Jour des morts-vivants s’avérait pourtant au départ dantesque dans la tête de Romero. En effet, dans le premier jet du scénario, l’artiste y voyait une bande de guérilleros affronter une armada de zombies sur une île tropicale. Les quelques survivants humains d’un massacre qui devait être monumental découvraient alors en pleine jungle un ascenseur menant à une base militaire souterraine. A l’intérieur, des soldats et des scientifiques tentent de dompter les zombies. Les scientifiques les étudient tandis que les soldats en font des alliés en leur apprenant à se servir d’armes. La tension monte entre les différents groupes et tout se termine en véritable carnage. Malheureusement, les restrictions budgétaires ont forcés l’auteur à revoir sa copie.

Au final, on retrouve tout de même les éléments-clefs du premier scénario dont cette immense pression, cet affrontement psychologique et violent entre les militaires menés par le mégalo Rhodes (Joseph Pilato, parfait en crapule de première catégorie) et les scientifiques dont font partie la valeureuse Sarah (Lori Cardille, impeccable dans la peau de LA femme forte de toute la saga) ainsi que l’excentrique Dr Logan (l’épatant Richard Liberty). Une fois de plus, les personnages sont interprétés par des comédiens inconnus, principalement issus du théâtre indépendant. Mais si ils sont tous fabuleux, celui que l’on retient le plus est probablement Howard Sherman alias le « docile » zombie Bub. Car l’un des évènements de taille de ce Jour des morts-vivants est que le revenant évolue, change de statut. Il n’est plus sans personnalité ni totalement décérébré, il existe et change d’attitude (ce que développera aussi Land of the Dead avec son Big Daddy). Mais attention ! Un zombie reste un zombie et vaut mieux ne pas trop le titiller sous peine de se faire mâchouiller le cul !

A nouveau responsable des maquillages, Tom Savini, épaulé par les non moins talentueux Howard Berger et Greg Nicotero, livre des effets spéciaux criant de réalisme. Entre les prothèses chiadées (pas un zomblard ne se ressemble) et les impressionnantes éviscérations du final en passant par les abominables résultats des expériences de « Frankenstein », l’artiste livre ici un panel de monstruosités que l’on pourrait qualifier aisément de chef d’œuvre. Un travail remarquable et remarqué, puisque notamment célébré à l’époque par l’obtention d’un Saturn Award.

Une fois de plus, Romero garde toute son intégrité artistique pour livrer un troisième opus zombiesque de très grande qualité. Les vivants sont de plus en plus mauvais, les morts de plus en plus intelligents et les tripes se font allègrement éparpiller. L’apocalypse se poursuit, tout va bien dans le plus pourri des mondes.


Œuvres liées :

La nuit des morts-vivants (1968) Zombie (1978) Le territoire des morts (2005) Diary of the dead (2008) Le jour des morts-vivants 2 : Contagium (2005)

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