La famille Katakuri vient juste d'ouvrir un refuge dans les montages. Malheureusement, leur premier client se suicide dans sa chambre. Afin de ne pas éveiller les soupçons, ils décident d'enterrer le corps dans l'arrière-cour. Tout se complique lorsque leur deuxième client, un célèbre sumo professionnel, meurt en faisant l'amour à sa très jeune fiancée. Les cadavres commencent à s'amonceler dans la tombe de fortune creusée derrière leur refuge...
Laissez-moi vous ennuyer cinq minutes, histoire de vous parler d’un film extrêmement déjanté que je viens de regarder et qui mérite incontestablement d’être vu ! Je n’ai pas l’habitude de dévoiler dès le départ le sort que je réserve aux œuvres mais celle-ci me paraît tellement particulière que je ne peux m’empêcher de vous livrer d’emblée ce que j’ai sur le cœur avec cette éternelle envie qui est la mienne en pareille circonstance de vous serrer dans mes petits bras timides et fluets…
Le réalisateur Takashi Miike le plus prolifique de la planète (une pelletée de films par an) est extrêmement réputé en Europe pour cet aspect de collectionneur de pellicules mais également pour la diversité de sa filmographie et les qualités incroyables de ses réalisations. Après avoir créé l’un des films les plus gore du siècle avec son Ichi the killer et dérangé avec son Audition au climax inquiétant et étouffant, Miike continue sa visite des différents genres cinématographiques pour les détourner du droit chemin et en faire non plus un genre codé mais un film de genre retouché par Miike. Quoi de plus codifié (et de plus désespérant) que la comédie musicale ? Qu’à cela ne tienne, Miike va en éclater les cadres, la mêler avec d’autres genres, y ajouter une intrigue terriblement décomplexée pour finir par faire une comédie miikale…
Véritable patchwork des genres et des styles cinématographiques, La mélodie du malheur est un savoureux mix de films d’animation (petits bonhommes animés à la Tim Burton qui prennent ça et là la place des personnages), de la comédie (trame essentielle du métrage), du drame (la tragédie qui touche les Kataturis), du film d’horreur gore (la langue arrachée ou l’arrivée des zombies), tout cela au sein d’une comédie musicale aux accents autant classiques que pop rock. En clair, La mélodie du malheur est un film hors normes et reste du jamais-vu tant il brille par son originalité.
La comédie musicale elle-même est débridée (si vous me passez l’expression pour un film asiatique) : du pop au classique, les variations sont multiples. Empruntant de nombreuses scènes et chorégraphies à d’autres œuvres réputées comme The Quiet family, La mélodie du bonheur ou encore le Thriller de Michael Jackson, Miike se sert de cet enchantement de tous les instants pour sublimer son œuvre et donner davantage de tonus à un rythme pourtant assez élevé. L’idée grandiose du réalisateur est justement là : se servir de ces moments chantés
comme de scènes d’exposition pour planter le décor et faire découvrir les personnages par le biais de musiques entraînantes et de choré déjantées.
Certes, on pourrait pointer les maladresses qui ponctuent le film comme un scénario assez brouillon ou des scènes parfois pas très en phase avec les propos. On pourrait également critiquer un montage alambiqué qui nuit quelque peu à l’ensemble. Mais ce serait renier l’originalité suprême de l’œuvre qui est de créer un assemblage de genres divers et passer sous silence ses qualités formelles indéniables…
En clair, La mélodie du malheur est un film à voir absolument pour son absence de complexité et l’énergie qu’il dégage. Quant à ceux qui ne seraient pas amateurs des musicals, ceci est sans doute l’ultime chance de vous réconcilier avec le genre…
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