Une équipe médicale assure le service de nuit dans un hôpital en état de délabrement avancé. Tous les autres hôpitaux de la ville étant saturés, une ambulance abandonne littéralement un homme atteint d’une étrange infection. Cet événement sera le début d’un voyage au bout de l’horreur…
Le fantastique japonais (et en général asiatique puisque le commun des mortels fait des amalgames étonnants) est perçu comme une nouvelle pompe à fric en matière de cinoche, sorte d’eldorado hollywoodien incapable de se renouveler. De tels aprioris sont dus à ces clones sur pellicule sortis dans la foulée des Ju-On et Ring, frappant d’un coup fatal toute nouvelle entreprise nippone. Chaque nouveau métrage suscite les mêmes appréhensions chez le spectateur lambda : « Encore une histoire de gonzesse aux cheveux gras qui s’attaque à des étudiants par le biais d’une cassette vidéo, d’un téléphone portable ou d’une console XBox »
Pourtant, des exceptions majeures continuent à proposer des concepts originaux au traitement personnel. Pensons notamment à Takashi Shimizu (lorsqu’il n’est pas occupé à faire un nouveau
Ju-On). Masyuki Ochiai est de ceux-là également et semble bien parti pour devenir une figure incontournable du cinéma horrifique nippon.
Après Parasite Eye et l’excellent Hypnosis, Ochiai replonge à nouveau dans le film de genre pour nous conter les mésaventures des employés et patients d’un hôpital en rade dans Infection (aka Kansen). Disposant d’un budget très peu conséquent, Ochiai a dû se montrer finaud pour mettre en place cette histoire de contaminés (dans la lignée de la nouvelle vague se démarquant à peine des zombie movies). Ainsi, pour réduire les dépenses, le réal décide de se contenter du minimum et revient à des règles très classiques : unité de lieu (tout se déroule dans l’hôpital en pleine crise), unité de temps (seule nuit) et unité d’action (la contamination qui gagne chacun des pensionnaires).
L’adoption de ce classicisme théâtral permet à Ochiai de livrer un huis clos étouffant au sein duquel il peut à son aise instaurer une tension extrêmement lourde qui contraste avec les multiples tressaillements dont souffrent les pâles copies nippones sur le thème. Au diable les cheveux gras et les yeux qui se distinguent dans l’ombre, ad patres les effets sonores nauséabonds et les essais morbides à deux balles : Ochiai en revient au vrai cinéma d’épouvante, celui qui prend le temps de s’installer pour mieux surprendre au final. Le cadre moisi du milieu hospitalier y est pour beaucoup dans l’installation évolutive de l’atmosphère poisseuse, une atmosphère renforcée par l’utilisation d’une photographie volontairement disgracieuse et de teintes vertes omniprésentes.
Au-delà de cette mise en scène anxiogène, Infection frappe par le traitement de ses personnages. Chaque individu est dépeint de manière réaliste et se trouve doté d’une véritable consistance. Les personnalités sont multiples, les ambitions aussi : ce microcosme d’individus disparates amène à lui seul son lot de troubles. Un médecin tente à tout prix et au péril de sa vie et de celle des autres de découvrir le secret du virus, un autre essaie de calfeutrer les erreurs médicales commises, les infirmières
sont toutes frappadingues et les rares patients animés par des traumas indicibles. Un cadre inquiétant peuplé de personnages inquiétants. En somme, mieux vaut ne jamais intégrer les services d’urgences de ce type d’établissement sous peine d’être rapidement contaminé par la folie des pensionnaires…
Dommage qu’Ochiai tente lamentablement de copier ses confrères américains en fin de métrage en tentant de semer le trouble chez le spectateur par le biais d’une espèce de twist non assumé qui vient foutre par terre les efforts mis en place jusque-là. Le plongeon dans la folie et dans le cauchemar se trouvent édulcorés par cette tentative maladroite de renouer avec quelque chose de tangible et de cartésien.
Infection est l’une de ces petites perles qui se laissent regarder avec beaucoup de plaisir et qui permettent d’oublier les malencontreuses erreurs des autres polichinelles de seconde zone qui s’entêtent à « faire comme… ». Apprenez à aimer Ochiai pour ce qu’il est (un bon réal) et pardonnez-le d’ores et déjà pour son remake de Shutter qu’on attribuera volontiers à Ochi – Aïe !
Masayuki Ochiai est connu dans nos contrées pour avoir livré le remake tellement décrié de Shutter, œuvre ficelée à l’américaine, reprenant sans aucun cœur les poncifs des ghost stories asiatiques. Mais bien avant cet échec, le cinéaste avait connu le succès avec des œuvres telles que Hynopsis ou encore Parasite Eve. Un autre de ses films a aussi attiré vers lui tous les regards : Infection dans lequel une équipe médicale s’apprête à vivre une nuit de cauchemar. Entre un staff fatigué et sans matériel et des patients totalement frapadingues, un homme contagieux est abandonné par des
ambulanciers peu scrupuleux aux urgences. Alors qu’un événement tragique vient perturber la petite troupe, l’infection se propage…
Sous ce pitch enjôleur se cache la maîtrise d’Ochiai. Avec un budget rachitique, le réal japonais parvient à faire plonger le spectateur petit à petit dans une ambiance des plus pesantes. Alors que l’entame du film se base essentiellement sur des dialogues d’une franche qualité, c’est tout d’abord l’ennui qui prime. Aucune séquence horrifique et des discussions qui semblent durer une éternité viennent plomber d’entrée de jeu l’intérêt du film. Mais malgré ces lenteurs initiales, force est de constater que la sauce prend petit à petit. Ainsi, en prenant le temps de dépeindre ses personnages de manière particulièrement minutieuse, Ochiai marque les esprits par l’hétérogénéité de sa faune. Entre une vieille folle qui parle aux esprits dans les miroirs, un jeune chirurgien qui s’entraîne à faire des points de suture sur du latex, une infirmière néophyte qui s’acharne à faire des piqûres sur le bras d’un patient et tout le reste d’une équipe au bord de la démobilisation, le cinéaste réduit peu à peu la distance qui les sépare de la folie la plus complète.
Cette ambiance frappante est encore accentuée par l’unité de lieu, toutes les scènes se déroulant dans un hôpital aux décors austères et lugubres. L’aspect claustrophobique et paranoïaque de l’œuvre saute aux yeux alors que les personnages dérapent et que la folie s’empare d’eux. L’ensemble forme alors un tout de qualité supérieure : la photographie aux teintes vertes est en adéquation parfaite avec les séquences particulièrement sadiques du métrage. C’est d’ailleurs dans ce sadisme (seringues dans les bras, mains remplies d’épingles dans le liquide stérilisant,…) qui rappelle celui de Miike qu’Ochiai trouve la clé de voûte d’une œuvre de plus en plus
étouffante. Poussant l’horreur jusqu’à son paroxysme, le cinéaste parvient à tirer le meilleur parti du faible budget qui lui fut alloué. Ainsi, les quelques séquences un peu plus gore restent sobres dans leur utilisation mais bougrement efficaces d’un point de vue graphique et symbolique. Ochiai se permet même de rajouter à cet ensemble une bande sonore aussi troublante qu’anxiogène, l’ambiance poisseuse de la mise en scène suffisant à elle seule à la rendre efficace. Entraînés dans ce climat sinistre mais purement jouissif, on se dirige vers un twist final qui n’a malheureusement presque aucun rapport avec le reste du film. Alors que le réalisateur avait frappé très fort en plongeant ses personnages dans la folie la plus complète, il en termine avec son œuvre en édulcorant de manière plus rationnelle un propos pourtant fort dérangeant.
Il est assez dommage de constater qu’Ochiai n’a pas été jusqu’au bout de ses idées en nous proposant un final trop gentillet. Malgré tout, Infection est film adroit et intelligent qui en mettra plus d’un mal à l’aise. Qu’on se le dise, la carrière du japonais ne se résume pas qu’au piètre Shutter et il a sans aucun doute encore un bel avenir devant lui !
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