A Washington, en 2054, la société du futur a éradiqué le meurtre en se dotant du système de prévention / détection / répression le plus sophistiqué du monde. Dissimulés au coeur du Ministère de la Justice, trois extra-lucides captent les signes précurseurs des violences homicides et en adressent les images à leur contrôleur, John Anderton, le chef de la "Précrime" devenu justicier après la disparition tragique de son fils. Celui-ci n'a alors plus qu'à lancer son escouade aux trousses du "coupable"... Mais un jour se produit l'impensable : l'ordinateur lui renvoie sa propre image. D'ici 36 heures, Anderton aura assassiné un parfait étranger.
Steven Spielberg est quand même un étrange bonhomme. Le moins que l’on puisse dire c’est que sa carrière ne suit pas les tracés habituels de tout bon metteur en scène hollywoodien. Chacun de ses métrages marque une évolution dans sa filmographie - déjà surprenante dès ses débuts -, et ce n’est pas ce changement de siècle qui nous dira le contraire. Passer d’une histoire de requin géant à une poignante liste de Juifs sauvés, ce n’est pas monnaie courante.
Pourtant, s’il y a bien un genre dans lequel Spielby s’est incroyablement ancré, c’est bien le domaine de la science-fiction. Hormis les E.T (tout gentils ou belliqueux qu’ils soient), le réalisateur de génie adore s’intéresser à notre futur, celui que notre génération laissera à notre descendance. En l’occurrence, sieur Spielberg s’amuse surtout à dépeindre le futur des Américains moyens. Et comme le prouvent AI : Intelligence Artificielle et ce Minority Report, il n’est pas souvent beau à voir.
Intéressons-nous à cette adaptation du génial Philip K. Dick, dans laquelle on retrouve tout les éléments chers à son univers particulier : Bienvenue dans un futur assez proche (2054), où les technologies ne cessent de s’améliorer, et où l’on cherche le confort et la sécurité la plus sûre pour les Américains. A l’image de ces spots publicitaires serinant à tous les coins de rue que la vie est devenue sûre, la société futuriste est par essence un lieu devenu paisible grâce à l’avancée scientifique.
Le parti-pris de Spielby et de ses scénaristes parvient pourtant à rendre ce sentiment de sécurité plutôt sombre. A aucun moment dans le film, le spectateur ne se sent à l’aise dans ce monde anticipé. En effet, l’Homme, au sens spielbergien du terme, n’est plus maître de ses choix. Ce constat se fait d’autant plus réel lorsque nous suivons les péripéties de John Anderton (Tom Cruise, décidément génial lorsqu’il bosse avec Steven), la psychologie du personnage nous entrainant au bord de la paranoïa, voire du dédoublement de la personnalité (une habitude chez Dick).
Une dégradation que l’on sent au fur et à mesure, ingénieusement associée à l’excellente direction artistique de Alex McDowell et au ton de la photographie de Janusz Kamiński grâce auxquels la mise en scène de Spielberg n’a jamais été aussi resplendissante. La dégradation et le stupre dépassent la simple monotonie de la vie du héros pour exploser tout autour de lui et trouver une réalité dans les villes où pullulent les drogués et insatisfaits (excellente scène du Club à fantasmes)... jusqu’à "l’heure du crime" dont je ne dirai rien, qui confirme cette déviation.
Car en plus d’être l’un de ses sujets les plus matures, Spielby en profite pour affiner son style évolutif (voire la traque de spyders dans l’immeuble, géniale), et utiliser des effets spéciaux jamais inutiles. Au contraire, puisque le réalisme de ceux-ci ont développé la curiosité des scientifiques (et concepteurs automobiles) de nos jours... Le principal objectif du film, avant de faire passer un message moralisateur, reste de divertir le public. Pari réussi : rarement le futur n’aura semblé aussi palpitant et dangereux. On a également l’occasion de découvrir l’excellente interprétation de Samantha Morton, incroyable en precog protégée dont le rôle surprend de bout en bout. Colin Farrell et Max Von Sydow laissent également pantois, l’un faisant ses preuves, l’autre surprenant toujours un peu plus dans un registre différent.
Une nouvelle réussite - discrète - dans la filmographie de Spielberg qui signe ici l’un des films d’anticipation les plus percutants de ces dernières années, dépassant largement sa condition de blockbuster hollywoodien en proposant une réflexion ouverte et mature sur l’avenir. Terriblement effrayant, mais virtuose.
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