Critique de film

Duel

"Duel"
affiche du film

Un voyageur de commerce quitte sa maison et prend la route. Roulant paisiblement dans sa petite voiture rouge, il est rapidement gêné par un imposant camion-citerne. Ce dernier s'amuse à l'empêcher de le doubler. Puis le semi-remorque entame une sorte de jeu où il laisse passer la voiture avant de la doubler à nouveau, jusqu'à la piéger dangereusement en faisant signe à son conducteur de le doubler alors qu'une voiture apparaît sur la voie opposée. A partir de ce moment, s'engage une lutte à mort entre les deux véhicules.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Duel - Putain de camion...
Par : Damien
Tags : Survival

Premier long métrage de Steven Spielberg, Duel est une œuvre annonciatrice de l’extraordinaire filmographie du réalisateur. Au départ destiné à la télévision, ce métrage adapté d’une nouvelle de Richard Matheson publiée dans le magazine Playboy s’est bâti au fil du temps une réputation solide au point de faire une sortie triomphale dans les salles de cinéma outre-Atlantique.

Le propos est d’une simplicité effarante : un homme, parti pour se rendre à son travail, est pris en chasse par un camion. Un pitch que même les pro-Nazis de base (pléonasme) pourront comprendre. Pourtant, Duel ne peut se résumer à cette seule description réductrice. Inclassable, le film participe à plusieurs genres sans réellement s’imbriquer complètement dans l’un ou dans l’autre. Film catastrophe ? L’étiquette est trop dommageable et peu évocatrice. Film fantastique ? Assurément pas. Aucun événement surnaturel ne pointe le bout de son nez. Thriller ? Si la mécanique du film à suspense est clairement utilisée voire sublimée, le terme est trop schématique et englobant pour rendre compte de la virtuosité de la mise en scène et de la profondeur du sujet.

Tourné en une douzaine de jours uniquement en extérieur (un exploit !), Duel se présente autant comme film d’action hargneux, mouvementé et virevoltant que comme un essai sociologique et ontologique. David Mann, commercial sans charisme, n’est pas seulement la victime du camion. Le personnage reflète le mal-être mysoginique de la société contemporaine. Hanté par une routine qu’il semble détester (le fameux métro-boulot-dodo qui l’oblige à avaler invariablement des dizaines de kilomètres quotidiens), avili par une femme dominatrice, David Mann est un personnage torturé qui ne trouve plus sa place dans la société, à l’image de ces machos post-seconde guerre mondiale qui ont pris un coup à la braguette en constatant que leurs épouses pouvaient se débrouiller sans eux. La soumission de l’homme à la maîtresse de maison, après avoir été évoqué furtivement lors de l’émission radiophonique du début du film, se voit illustrée lors de l’entretien téléphonique avec son épouse. Assez sûr de lui au moment de prendre l’appareil (la position masculine, le pied sur l’accoudoir), Mann se recroqueville de plus en plus au fur et à mesure des explications qu’il a avec sa femme. Au point de se voir enfermé dans un hublot situé à l’avant-plan, symbole de sa position délicate au sein de la cellule familiale.

A côté du quotidien qui l’a transformé en moribond, Mann doit affronter un ennemi d’un jour, personnifié par ce Peterbilt 351. Au sein de l’immense réseau routier américain bordé par des plaines à perte de vue (la société américaine), Mann combat à armes inégales face à ce géant motorisé qui représente la dominance technologique et industrielle de la société actuelle. Seul importe le camion, métonymie de la dérive technologique, au détriment de son conducteur que Spielberg comme Matheson ont effacé totalement (mis à part son avant-bras et ses bottes). L’engin est un personnage à part entière (la preuve en est qu’il a subi un casting) au sein du métrage spielbergien. D’ailleurs, le réalisateur ne cesse de le rappeler par le biais d’une multitude de prises de vue mettant en exergue le visage du camion (le nez représenté par l’avant, les yeux par les phares, la bouche par le pare-chocs). Magnifié malgré sa laideur apparente, sublimé malgré son aspect convenu, le Goliath se veut à la fois attirant (par son côté masculin, archaïque) et effrayant (par son manque d’esthétisme et sa brutalité).

La lutte omniprésente entre l’homme et la machine amène son lot de dérives psychologiques autant que physiques. Blessé lors de la course-poursuite, Mann souffre avant tout d’une fracture mentale. De torturé, l’homme devient paranoïaque (la scène du bar) et asocial (son comportement troublant face au conducteur de car). Amputé de ses repères, destitué de ses fonctions primaires, l’homme moderne n’est plus de taille à lutter et est voué à l’extinction.

Avec Duel, Spielberg marque le cinéma de son empreinte à tout jamais et s’ouvre la voie vers des cieux encore plus reluisants. Loin d’être beau comme un camion, Duel est une réussite formelle indéniable qui démarre sur les chapeaux de roue mais ne se termine pas en queue de poisson.


Critique de Duel - Mortel rodéo
Par : Ursula Von Trash

En 1971, alors que la voiture est devenue LE bien de consommation, symbole de liberté, de réussite (et de virilité), un jeune réalisateur de 25 ans, Steven Spielberg, réalise pour ABC, le téléfilm Duel, dans lequel un camion pourchasse une voiture sur les routes désertiques de Californie. Evidemment, présenté comme cela, le scénario a l’air de tenir sur un timbre-poste et pourtant… Par une belle matinée, David Mann (Dennis Weaver), représentant de son état, attendu par un client à l’autre bout de l’Etat prend le volant de sa Plymouth rouge. Le film démarre au sortir du garage. Au fil des émissions radio, adieu les grands axes de circulation. Sur une route quasi déserte, il double un camion et la réaction ne se fait pas attendre. Le camion accélère, le double : la chasse commence.

Le choix de Spielberg, ne jamais montrer le camionneur en entier mais seulement par l’entremise de parties de son corps (bottes et avant-bras), choix qu’il réitérera dans les Dents de la Mer où le requin n’existe pour la plus large partie du film qu’à travers son aileron et la musique qui scande ses apparitions, se révèle brillant. Exit l’humain, seul compte le camion. Peur désincarnée donc décuplée. De l’autre côté, a contrario, le personnage de Mann est surdéterminé, totalement incarné. On sait ce qu’il pense (tentative de rester sur la voie de la raison), on entrevoit ses rapports conjugaux lors d’une conversation téléphonique avec sa femme (il l’appelle pour s’excuser et se fait sermonner), on ressent sa peur (gros plans sur son visage transpirant, traits tirés). Duel donc. Mann (l’homonymie est à relever) contre camion. Humain contre machine. Proie contre prédateur.

En ce début des seventies, Spielberg a conscience que la société américaine se modifie, se pacifie, se féminise. L’homme moderne, civilisé, doit museler ses instincts. La puissance physique, bestiale, qui a assis le pouvoir des hommes, est devenue une sorte de tare sociale. La guerre, dernier bastion de l’expression de ces pulsions disparait au profit d’une civilisation de la paix. Plus question de courir la plaine pour chasser, massacrer ou hurler comme une bête sauvage. Mais ces instincts ancestraux ont-ils pour autant disparus ? La voiture n’incarnerait-elle pas le lieu d’expression de ces frustrations masculines ? Au début de Duel, l’autoradio diffuse le témoignage d’un homme déprimé qui n’est plus chef de famille, qui s’occupe des gosses et reste à la maison pendant que sa femme travaille. Castration symbolique dont semble aussi souffrir Mann. Alors, la course poursuite qui s’engage, d’abord vécue comme un danger, une folie se transforme progressivement, la raison abandonnant le personnage, en gros shoot d’adrénaline. Le petit représentant, peureux, soumis, libère la primitivité, l’animal. Se sent vivant. Reprenant les grands espaces, lieu privilégié des westerns, des découpages (montage rapide de gros plans de mains sur le volant, puis du regard du conducteur) qui rappellent des films comme Le Bon, la Brute et le Truand, lors de l’assaut final, Spielberg pond un film de mecs, pour les mecs, sur les mecs (un peu comme les westerns d’ailleurs). Le cheval y est remplacé par la voiture, devenant par là même, la monture et l’arme, le cow-boy par un représentant de commerce.

Cette course poursuite sans temps mort, où aucune échappatoire n’est possible (le camion un peu dans la veine d’un Terminator n’abandonne jamais), récompensée à Avoriaz (Grand Prix 1973) ouvre les portes d’Hollywood au jeune Spielberg.

Trente-cinq ans plus tard, le bonhomme produira Transformers (1 et 2), autre histoire de voitures et de camions, où l’humain fait de la figuration, l’ambition cinématographique, grise mine et le box office, risette. De la réalisation couillue en 1971 à la production pantouflarde version 2009 (un vieux dessin animé qui fait vendre du pop-corn aux exploitants de salles), on se demande bien ce qui est arrivé à Mr Spielberg…

Commentaires sur le film

duel
5 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

culte !!!!

26 juillet 2009 à 12:07 | Par alan1974
Au cinéma Le Studio au Havre
5 etoiles

Ce film sera projeté au cinéma le Studio, au Havre, du 14 au 27 octobre 2009. www.cinema-le-studio.fr

9 septembre 2009 à 12:09 | Par Le Studio

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