Deux criminels prennent une famille en otage près de la frontière mexicaine, après une cavale particulièrement sanglante durant laquelle ils ont tué un policier et kidnappé l'employée d'un magasin. Ils se rendent tous ensemble dans un bar pour routier au-delà de la frontière mexicaine, appelé le "Titty Twister", établissement qui leur réserve pas mal de surprises une fois la nuit tombée...
À la lumière des récentes sorties DVD du diptyque Grindhouse, par le biais desquels Tarantino et Rodriguez rendaient un hommage certes inégal mais jouissif au film des seventies, il est bienvenu de rappeler qu’il y a quelques années, les deux comparses avaient déjà frappé un grand coup avec une œuvre horrifique assez autre, sorte de mélange de road movie à la sauce vampirique.
Sentant bon le film réalisé entre potes avec un scénario écrit sur un bout de table un soir de beuverie, Une nuit en enfer a tout de la série B
décomplexée et terriblement fun même si les premières minutes ne vont pas dans ce sens. On reconnaît immédiatement le talent de Tarantino, ici scénariste, pour distiller des personnages originaux et nous servir des dialogues décalés. Par le biais de leurs méfaits, on découvre les frères Gecko, meurtriers ultra-violents et tordus à souhait qui n’ont d’autre occupation que de torturer psychologiquement une pauvre famille un peu catholique sur les bords.
Soudain, après quelques menues pérégrinations, le polar crasseux et violent s’arrête pour laisser la place à une nouvelle intrigue immiscée dans un tout autre genre. Après une introduction hautement jouissive, (avec une forte répétition de « pussy »), on nous montre lors d’un long plan-séquence sur une musique endiablée le théâtre de la prochaine demi-heure. Y allant sans complexe dans la nudité et le côté malsain de la chose, on respire à grandes bouffées cet air vicié et politiquement incorrect. Mais il faudra encore attendre quelques instants avant que le massacre ne commence. Après une apparition hautement remarquée de Salma Hayek, le film se jette violemment dans le répertoire du bis.
Changement radical de registre, amorcé en quelques secondes, la violence inhérente au début se voit alors décuplée pour transformer le bar en un charnier insondable. Les membres volent, le sang coule, les effets spéciaux foireux s’enchaînent, dans un joyeux chaos qui ne manquera pas de titiller votre fibre de fan de gore. Tarantino et Rodriguez s’amusent comme des petits fous à dépeindre des personnages plus loufoques les uns que les autres, représentants de cette orgie sanguinolente, comme l’excellent Sex Machine interprété par Tom Savini.
Certes, le métrage ne comporte pas le côté intellectualiste de certaines
oeuvres tarantiniennes. Certes, le scénario tient sur un ticket de métro, voire même de tramway. Certes, c’est irrévérencieux et ça tourne souvent au grand n’importe quoi. Mais quel plaisir de voir la bande à Tarantino s’amuser à déverser des hectolitres de sang dans des combats dantesques contre des vampires pourvus d’organes majestueux et de canines pantagruéliques. Quel plaisir de voir la sale gueule de Danny Trejo se transformer en créature de la nuit. Quel plaisir de voir Harvey Keitel défragmenter du zombie au fusil à pompe et Juliette Lewis manier l’arbalète telle une Amazone (aux deux nichons en ce qui la concerne).
Un véritable plaisir coupable, jamais sérieux, toujours à prendre au dixième degré. Mais tant d’honnêteté dans le délire, tant de générosité dans la décadence, ça se partage forcément avec le public. Oubliez vos neurones, laissez ces films d’horreurs qui veulent toujours démontrer qu’ils sont plus intelligents que les autres. Et plongez-vous dans Une nuit en enfer. Qu’on me suce sur place (la jugulaire hein, pas de ça chez nous !) si vous n’y adhérez pas.
Découvert avec El Mariachi et consacré avec Desperado, Robert Rodriguez paraît être le faiseur de western le plus doué de sa génération. Passionné de cinéma de genre, il n’hésite pas une seule seconde quand son ami Quentin Tarantino lui propose le scénario d’Une Nuit en enfer, métrage vampirique aux relents réjouissants de western. Deux criminels prennent une famille en otage près de
la frontière mexicaine, après une cavale particulièrement sanglante durant laquelle ils ont tué un policier et kidnappé l’employée d’un magasin. Ils se rendent tous ensemble dans un bar pour routier au-delà de la frontière mexicaine, appelé le Téton Tortillé, établissement qui leur réserve pas mal de surprises une fois la nuit tombée...
Avec une entame speedée aux dialogues jouissifs et profondément vulgaires, Rodriguez insuffle à son œuvre un allant hors du commun. George Clooney et Quentin Tarantino s’évertuent d’ailleurs à donner le meilleur d’eux-mêmes en abusant de mimiques et de mouvements, rendant volontairement le début de la pellicule extrêmement fun. Délire de geek, Une Nuit en Enfer n’en demeure pas moins une œuvre assumée et surtout qualitativement supérieure, ce que Rodriguez s’échine à démontrer par l’entremise d’un cadrage particulier, voyageant du plan large au gros plan. Lancé sur les chapeaux de roues, le métrage ne s’arrête pas en si bon chemin puisqu’en plus de personnages de plus en plus barrés, le réalisateur propose des séquences glauques à l’extrême.
Humour grinçant d’une part
, action débridée de l’autre, Une Nuit en Enfer ne rechigne jamais sur les bons mots en plein milieu de scènes qui ne s’y prêtent pas. Les personnages, toujours plus attachants, entrent alors de plein pieds dans l’action horrifique proprement dite, non sans qu’une séquence de soumission mettant en scène la splendide Salma Hayek ait tôt fait d’émoustiller les derniers réticents. Les ingrédients du cinéma font alors une apparition en fanfare, enfonçant encore un peu plus l’ensemble dans le délire total. Trash, gore, tripes, démembrements, rien n’est épargné à une pellicule qui suinte véritablement de toutes les atrocités endurées par les protagonistes. Toujours placé sous le signe de l’humour, Une Nuit en Enfer livre donc un spectacle de haut vol, survitaminé et totalement réjouissant jusqu’à un final tout simplement énorme.
Au bout de ce délire, Rodriguez se fend encore d’un plan final magnifique qui confirme ce que l’on avait déjà pu constater : Une nuit en enfer est une des œuvres majeures d’un cinéaste toujours prêt à étonner. Hilarant de part en part, captivant sur toute sa longueur, le film est véritablement une fête de geek pour les geeks !
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