Critique de film

Signal (The)

"The Signal"
affiche du film

Un film d'horreur décomposé en trois parties, chacune d'elles adoptant un point de vue différent, dans lequel de mystérieuses ondes transmises par la télévision, les téléphones portables et la radio transforment les individus en meurtriers.

Les critiques à propos de ce film

Critique de The signal - Cadavre exquis
Par : Damien
Tags : Psychologique, Survival

Mya vient de quitter son amant pour rentrer ni vu ni connu à la maison et leurrer comme elle peut son cher mari. Alors qu’elle s’apprête à prendre une douche histoire d’effacer toute trace des effluves de parfums destinées à calfeutrer l’odeur de mâle qui trône encore sur elle, son mari est pris d’une crise de violence incontrôlable et assassine l’un de ses invités qui aurait manqué de respect à sa chère épouse. Fuyant son époux et ses instincts dévastateurs, Mya se précipite dans le couloir de la résidence et se rend compte que des cadavres ornent le plancher. Les gens s’entretuent dans un monde devenu fou sans raison apparente…

Un peu avant le cadavre exquis créé par le trio hong-kongais avec Triangle, trois amis cinéastes, David Bruckner, Dan Bush et Jason Gentry, décident de s’unir pour réaliser une œuvre originale segmentée en trois parties, chacune incombant à l’un des trois réalisateurs. En résulte un métrage bâtard, union de trois approches totalement différentes autour d’un thème et de personnages similaires. Chaque segment se focalise en particulier sur l’un des trois personnages principaux (Mya, Lewis et l’amant de Mya), proposant une rupture de ton et un glissement filmique qui trouvent leur légitimité dans la manipulation psychologique du spectateur et de ses représentations habituelles.

Si la forme particulière n’a d’autre raison d’être que de proposer une construction originale distinguant l’œuvre des productions lambda qui foisonnent dans les salles obscures, le métrage compte en son sein d’autres arguments convaincants. La diversification des approches entraîne un distinguo formel autant que narratif, une narration perturbée dans sa linéarité comme dans le genre dans lequel elle évolue. Si le premier segment tient davantage de survival apocalyptique, renvoyant aux infectés de Danny Boyle, celui de Gentry lorgne du côté des parodies horrifiques, proposant un savoureux mélange d’humour noir et de fontaines sanguinolentes. Quant au dernier segment, sans conteste le plus approximatif, il fait presque table rase des jalons posés par ses prédécesseurs pour se glisser dans le romantisme psychologique teinté de l’univers sartrien de Huis clos.

Ces références abondantes et le manque de cohérence formelle de l’ensemble ne minent en aucun cas la métaphore sociologique assénée par le trio cinéphile faisant insidieusement et intelligemment le procès de l’omniprésence des médias dans notre vie quotidienne et leur influence sur notre comportement. Sans pousser dans le cliché monotone du « la violence engendre la violence » qui constituerait un auto-procès maladroit pour ce métrage à la violence graphique bien présente, The signal tire sur le corbillard en pointant du doigt la dégradation des relations humaines imputable à l’isolation télévisuelle de chaque individu.

Malgré une troisième partie quelque peu incohérente avec le reste du métrage, The signal reste une excellente surprise qui, en plus de pouvoir se targuer d’utiliser un concept original, rend hommage au genre pris dans sa globalité en puisant çà et là des références représentatives de l’incroyable richesse d’un cinéma trop souvent décrié.


Critique de The signal - A trois c’est mieux
Par : Dante

On connaissait la coréalisation, aujourd’hui nous en sommes à la triple réalisation. Procédé déjà usité avec Triangle où l’on retrouvait aux commandes les génies que sont Johnny To, Ringo Lam et Tsui Hark, ce nouveau procédé, bien que possédant quelques défauts, permet une approche plutôt originale d’un film, diversifiant les points de vue formels et techniques.The signal est donc un de ces films schizophréniques nouvelle génération, réalisé par de jeunes réalisateurs américains et joué par des acteurs inconnus. Au-delà de son approche particulière, le métrage a tout de la petite bande d’horreur inventive.

Partant sur une base pas vraiment originale, un monde qui devient fou à la suite d’émission d’ondes qui rend les gens complètement cinglés, sorte de croisement entre un Romero et le Vidéodrome de Cronenberg, The signal affiche son originalité dans le traitement singulier qu’il propose. Divisé en trois parties bien distinctes, chacune comportant sa propre mise en scène, sa propre vision et ses propres émotions. Le film parvient à toucher un grand panel de sensations et de réflexions.

Commençant avec une histoire d’amour adultère, qui pose les bases de l’intrigue, la première partie se veut âpre et réaliste. Montrant la lente descente aux enfers subie par les victimes de l’émission, le réalisateur n’hésite pas une seconde à plonger son film dans la violence ultra graphique, appuyée par un montage frénétique et des fractures narratives pas toujours correctement utilisées. Mais loin de tomber dans un vulgaire jeu de massacre, le premier réalisateur (David Bruckner - ndlr) prend le temps de poser son ambiance et surtout ses personnages, notamment dans l’histoire de Rod, dont on ne saura qu’à la fin du premier segment s’il est contaminé ou non.

Le film est alors lancé sur les rails du film apocalyptique particulièrement violent, se focalisant sur une histoire d’amour contrarié. Mais le second segment a tôt fait de renverser la vapeur. Se penchant sur des personnages secondaires vus dans le premier segment et en en injectant encore d’autres, la deuxième partie du film est la plus déroutante. Si elle suit narrativement la première partie, elle en abandonne rapidement les enjeux pour n’en garder que la trame principale. Exit les amants et bonjour le mari jaloux et une galerie de personnages tous plus délirants les uns que les autres. Transformé en huis clos dans une banlieue pavillonnaire où un gentil couple se préparait au réveillon du jour de l’An, la deuxième partie se transforme rapidement en un délire méchamment atteint, qui n’est pas s’en rappeler Shaun of the dead, où la violence âpre du premier segment se transforme en humour très noir qui désamorce complètement l’ambiance instauré en début de film.

Puis la troisième partie relance le film sur les rails construits par le premier opus, transformant le deuxième segment en une sorte de pause humour. Plus faible que les autres parties, le dernier réalisateur (Dan Bush - ndlr) est visiblement coincé par le dénouement de l’intrigue et devient plus contemplatif, plus organique aussi et beaucoup plus intimiste. Après le film d’horreur pur jus et le délire gore, le mélodrame psychologique prend place. Résultat : un trop grand glissement de ton qui donne à la fin son aspect bâclé vu les attentes que le reste du film avait créés.

The signal est donc un honnête film de genre, original dans son traitement mais qui porte le poids des défauts d’une triple réalisation. Trois films en un, peut-être trop ? Surtout quand la trame principale aurait mérité une attention approfondie. Petite déception en définitive en regard du potentiel du synopsis.

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