Critique de film

Backwoods (The)

"Bosque de sombras"
affiche du film

Norman et Lucy rejoignent leurs amis Paul et Isabelle pour des vacances au milieu des bois. Mais lors d'une randonnée en forêt, les hommes découvrent, stupéfaits, une cabane abandonnée. A partir de cet instant, ils vont vivre un véritable cauchemar.

Les critiques à propos de ce film

Critique de The Backwoods - Back in the 70’s...
Par : Gore Sliclez

1978, deux couples d’Anglais se rendent dans la maison de campagne de Paul (Gary Oldman) située dans les Pyrénées espagnoles. Très vite, ils se retrouvent confrontés à l’antipathie des habitants qui ne semblent pas apprécier la présence d’étrangers. Un jour, alors que les deux hommes partent chasser, ils découvrent une maison abandonnée dans laquelle est enfermée une jeune fille sauvage aux mains déformées. Prenant la décision de la retirer de son enfer, ils ne savent pas encore qu’ils vont s’attirer la colère de quatre frères et cousins bien décidés à se débarrasser de ces touristes trop gêneurs…

Découvert à travers les festivals avec son premier métrage Tren de la bruja (prix notamment du meilleur court métrage de Sitges en 2003), Koldo Serra fait évidement partie de cette génération dorée de geeks espagnols, férus de films de genre devenus réalisateurs à l’instar des Balaguero, Cerda et autres talents ibériques. Et cette culture cinématographique se ressent pleinement dans The Backwoods, sorte d’hommage rendu aux films seventies américains dérangeants et engagés.

Cette confrontation entre des citadins anglais plutôt nantis et des rednecks locaux mal à l’aise face à cette ostentation sociale qui débarque nous fait irrémédiablement penser aux Chiens de paille (Straw Dogs, 1971) de Sam Peckinpah. Norman (Paddy Considine) personnage plutôt effacé, évolue dans l’ombre de son ami Paul, plus sûr de lui dans la vie comme dans son couple. Pour celui-ci, « les chasseurs d’un côté et les proies de l’autre, c’est la seule vérité en ce bas monde ». Norman, lui, n’arrive pas à surpasser la crise qui empoisonne son histoire d’amour avec Lucy (Virginie Ledoyen), la femme qu’il aime mais qui ne se remet pas de la mort de leur enfant. Des indices, des portraits que le réal espagnol nous présente sans gratuité car ayant leur importance dans l’évolution de son récit. Alors, quand les quatre membres d’une même famille du coin décident d’entreprendre une virée sanglante, Norman, habillé comme Dustin Hoffman dans Les Chiens de paille (énième clin d’œil), doit se dévoiler, oublier ses inhibitions sociales et affectives pour faire place au chasseur, décidé à se battre et défendre sa femme, objet de convoitise que nos dégénérés du coin aimeraient se partager.

Dans une atmosphère tendue exacerbée par une chaleur torride et un isolement dans les montagnes, The Backwoods reproduit honorablement cette atmosphère particulière et dérangeante de ses illustres modèles. Pas de seconds rôles, rien que des acteurs pleinement investis dans leur rôle et qui nous livrent des prestations convaincantes Virginie Ledoyen et Gary Oldman en tête. La jeune fille sauvage étant un peu trop reléguée au rang de poids mort que l’on trimballe d’un endroit à l’autre. La réalisation est solide mais conventionnelle mis à part peut-être un générique original et travaillé.

Malheureusement, le film n’arrive jamais à se sublimer dans le jusqu’au-boutisme émotionnel et transgressif que l’on retrouvait par exemple dans Deliverance (1972, autre œuvre référence de Koldo), et cette scène de viol sur la personne de Bobby (Ned Beatty) qui allait basculer les quatre amis dans la folie animale et primaire. L’évolution psychologique des personnages n’est pas évidente voire quelque peu bâclée. Serra préfère un classicisme, efficace certes, mais peu couillu, peu subtil et trop respectueux que pour nous entraîner dans un cauchemar d’un réalisme incommodant qui vous prend aux tripes. Si le suspens est bien de mise, The Backwoods ne s’élève jamais au niveau de ces films-phare d’une décennie cinématographique décidément plus audacieuse dans ses messages comme dans ses travers subversifs assumés.


Critique de The Backwoods - L’Espagne, sa plage, son soleil, ...
Par : Dante

Depuis quelques années, l’Espagne et l’Angleterre sont devenus des plaques tournantes de l’industrie horrifique fournissant à tour de bras des bandes de qualité, bientôt rattrapés par les pays scandinaves à en croire les récentes sorties qui pullulent dans les festivals. Deux univers opposés, d’un côté le lyrisme et la poésie, de l’autre une violence sèche et une colère palpable. Mais ces deux univers antagonistes, se sont combinés le temps d’un film : The Backwoods. Petit film sorti dans l’indifférence totale, réalisé par Koldo Serra, un réalisateur espagnol à qui l’on doit quelques épisodes de série locale, The backwoods se démarque dans un premier temps par son atavisme géographique dans le sens qu’il se présente comme un produit franco-hispano-anglais. Possédant un casting européen, on y compte les anglais Gary Oldman et Paddy Considine, la française Virginie Ledoyen et une kyrielle d’acteurs espagnols inconnus dans nos contrées. Mais le mélange des cultures ne s’arrête pas là. Partant sur un postulat simple et maintes fois rebattu (l’histoire de deux couples partent s’isoler dans les bois pour se ressourcer mais qui vont bien vite devoir en découdre avec les autochtones du coin), le métrage évite toute reprise éculée du survival lambda, Koldo Serra y intégrant les codes de deux cinémas bien différents, ce qui fait tout l’originalité de ce film.

Tout d’abord le côté espagnol de l’œuvre, avec dès le début le portrait d’un jeune couple en crise (la belle Ledoyen et le talentueux Paddy Considine), accompagné d’un couple plus mature aux accents de bourgeois rebelles. Et pendant les premières minutes, le réalisateur s’efforce de dépeindre le clivage entre les citadins anglais et les paysans espagnols dans une scène de bar aux relents de Chien de Paille ou de Délivrance. Puis le fil narratif du film se déroule en suivant l’évolution de ce couple, personnage central du film, dont les disputes ont parfois la fâcheuse tendance d’empiéter sur l’action, même si la performance des deux acteurs vient sauver l’ensemble. Puis le film s’aventure un peu plus dans l’émotion avec l’arrivée d’un enfant sauvage, qui relance les thèmes chers à Del Toro ou Bayona : la maternité et l’innocence de l’enfance confrontées à la violence des adultes. Bien que l’on reste tout de même loin de la force émotionnelle des œuvres des réalisateurs précédemment cités, la place de l’enfant est ici purement narrative même si le réalisateur se risque à quelque passage touchant.

Et avec tout cela cohabite le côté anglais de l’œuvre, qui s’explique par ailleurs par le rôle du réalisateur dans certaines petites productions anglaises. Ici pas de plages ensoleillées d’Andalousie ou de Barcelone, mais des bois pluvieux venus de Galice. Un décor qui ressemble à s’y méprendre à l’Angleterre. Et la comparaison va plus loin, car après les douceurs sentimentales héritées de l’Espagne, le film se pose aussi comme un survival, témoin du combat sempiternel entre la ville et la campagne. The Backwoods se rapproche donc encore une fois de Délivrance dont il emprunte la confrontation entre citadins orgueilleux et bouseux prêts à tout. Et là où Serra revendique ses accents anglais, c’est dans l’approche de la violence, sèche, dénuée d’artifice, le tout sur fond de folie humaine et de perte d’humanité. Les hommes deviennent des bêtes, les chasseurs deviennent des proies, et se battent sans modération pour des idéaux qu’ils ne comprennent même pas, point d’orgue du métrage. Car loin de tomber dans le manichéisme puéril des bandes ricaines, la frontière entre les bons et les méchants est ténue, et le réalisateur arrive à semer le doute quant aux motivations des personnages et surtout sur leur humanité. Se référer pour cela à une scène finale tétanisante, portée par un Paddy Considine toujours aussi habité.

Une tentative de mariage entre deux héritages différents, qui peut paraître bancal à certains moments, mais qui reste admirable par la volonté de combiner deux genres antagonistes. En résulte une œuvre maîtrisé et audacieuse, mais malheureusement pas assez jusqu’au boutiste dans son traitement. Reste un métrage aux personnages fouillés et à la psychologique travaillé, mais qui délaisse peut être un peu trop les codes inhérents au genre qu’il aborde.

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