Une guerre globale est déclenchée en 1940. Cette guerre s'éternise sur plusieurs décennies jusqu'au moment où la plupart des survivants, quasiment tous nés après le commencement de la guerre, ne savent même plus qui a commencé le conflit ni pourquoi. La production industrielle a cessé et la société a rétrogradé et s'est divisée en communautés primitives localisées. En 1966, une épidémie de peste vient encore réduire le nombre de Terriens, qui ne sont plus que quelques poignées. Un jour, un curieux aéroplane atterrit près de l'une de ces communautés. Le pilote parle d'une organisation occupée à rebâtir la civilisation et qui parcourt le monde pour reciviliser les groupes de survivants. De grands chantiers sont entrepris durant les décennies qui suivent, jusqu'à ce que la société soit de nouveau grande et puissante. La population mondiale vit à présent dans des villes souterraines. En l'an 2035, à la veille du premier voyage de l'homme sur la Lune, une nouvelle insurrection populaire progresse à nouveau — celle-là même qui selon certains aurait causé les guerres du passé —, se trouve des partisans, et devient plus violente…
H. G. Wells est incontestablement l’un des pères fondateurs de la science-fiction moderne à l’instar, dans une moindre mesure, de son homologue français Jules Verne. Ses œuvres principales, assises de la SF contemporaine, émergent dès la fin du 19ème siècle jusqu’au début du vingtième pour couvrir une décennie riche en élucubrations futuristes fortement empreintes de discours politiques et idéologiques chers à l’auteur. Ainsi se succèdent les voyages spatio-temporels de La machine à explorer le temps, les luttes pour le pouvoir dans un monde génétiquement modifié dans L’île du docteur Moreau, les frasques d’un scientifique fou dans L’homme invisible ou encore les affrontements apocalyptiques de La Guerre des mondes face à des aliens un brin vénères. Autant d’œuvres qui connurent rapidement les faveurs du septième art. Dès les balbutiements de cette nouvelle forme d’expression artistique, George Méliès s’emploie à transposer librement The first men in the moon avec son Voyage dans la Lune avant que l’histoire ne renaisse sous un intitulé éponyme en 1919 sous la caméra de Bruce Gordon et J.L.V. Leigh. Les années 30, durant lesquelles le genre est en plein essor, voient la résurgence des écrits du romancier futurologue dont deux
œuvres majeures sont exhumées pour une transposition filmique : L’île du docteur Moreau d’abord (Erle C. Kenton) et L’homme invisible, chef-d’œuvre de James Whale. Pourtant, insatisfait du remodelage de ses romans (en particulier l’adaptation de Kenton qui a volontairement évité le pamphlet sociologique pour créer un film d’horreur), Wells entend surveiller de plus près les émanations de productions qui n’hésitent jamais à dévoyer pour satisfaire l’assistance au mépris de l’œuvre originelle.
Après l’infortune de son script The king who was a king, Wells s’associe le temps de deux films avec le mogul d’origine hongroise Alexander Korda. Les mondes futurs requiert le savoir-faire de William Cameron Menzies, directeur artistique et de production de quelques fleurons de l’ère muette qui est depuis passé à la réalisation. Scindée en trois parties aux connotations grammairiennes prégnantes (le présent, le futur proche et un futur plus lointain), l’œuvre dépeint la chute et l’élévation de la civilisation humaine à travers le prisme d’Everytown, cité aux architectures londoniennes évocatrices. Substantiellement, le métrage se pose comme une violente diatribe à l’égard des entreprises guerrières qui détournent les avancées scientifiques de leur destinée première pour les mettre au service de leurs appétits carnassiers. Ce qui fait des Mondes futurs autant une œuvre anticipative (la second guerre mondiale est prédite à quelques mois près, le voyage sur la Lune à quelques décennies près) que contemporaine puisqu’elle discourt sur les préoccupations fondamentales de l’entre-deux-guerres qui poussent les citoyens à ne plus voir dans le progrès qu’une nouvelle possibilité d’entasser les cadavres en un tournemain. Une peinture réaliste de son temps que l’œuvre entretient avec le Metropolis de Fritz Lang puisque tous deux grossissent les fractures sociales de leur époque pour en
décrire au mieux les potentielles dérives. La comparaison s’arrête à cette seule caractéristique puisque l’avenir dépeint par Wells s’avère largement plus optimiste que celui de Lang qui assujettit l’homme aux machines et le plonge dans l’esclavagisme. A l’inverse, le futur décrit par Wells est un lieu de sérénité par la seule action bénéfique du progrès scientifique capable d’extraire les pulsions belliqueuses des citoyens (le fameux gaz disséminé sur les populaces lors de l’après-guerre) et de faire avancer l’homme main dans la main vers le droit chemin. Une utopie entretenue par des discours pompeux quelque peu anémiques qui soulignent la naïveté de l’auteur à l’égard de la destinée humaine.
Superproduction science-fictionnelle autant témoin de son époque que pythie des dérives à venir, Les mondes futurs offre un spectacle varié (des affres du présent aux desséchements post-apocalyptiques) et grandiose qui calfeutre tant bien que mal des idées souvent trop naïves.
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