Critique de film

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Glass

"Glass"
affiche du film

Peu de temps après les événements relatés dans Split, David Dunn - l’homme incassable - poursuit sa traque de La Bête, surnom donné à Kevin Crumb depuis qu’on le sait capable d’endosser 23 personnalités différentes. De son côté, le mystérieux homme souffrant du syndrome des os de verre Elijah Price suscite à nouveau l’intérêt des forces de l’ordre en affirmant détenir des informations capitales sur les deux hommes…

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Trailer - Glass (2019)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Glass - Pour qui sonne le glass
Par : Seb Lecocq

L’histoire de Night Shyamalan résume à elle seule l’histoire du cinéma d’horreur américain en ce début de vingt et unième siècle. En pleine bourre à l’aune de l’an deux mille, en totale désuétude dix ans plus tard et finalement ressuscité bon gré mal gré par Jason Blum qui l’a replacé au centre des débats. En vingt ans, l’horreur et le fantastique ont muté, de machines à cash pour les ados à genres moqués et trahis par leurs propres instigateurs, ils sont aujourd’hui respectabilisés grâce à ce que nos amis anglo-saxons ont grossièrement baptisé l’ « elevated genre ». En gros, une horreur mature, pour adulte, qui va plus loin que la simple exploitation pour toucher un public de cinéphiles plus large, auteurisant. C’est exactement ce que faisait Night avec Sixième Sens et Incassable, juste retour des choses donc.

Glass est la conclusion de la trilogie entamée il y a vingt ans avec Incassable qui en réunit les deux antagonistes aux côtés de La Horde découverte dans Split. Dès le départ, cette trilogie est bancale, on ne comprend pas vraiment ce qu’apporte le final de Split à un film qui se tenait très bien en lui-même. Cette apparition finale semblait bien artificielle, comme pour se rattacher à un passé glorieux via une vieille gloire sur le retour – ou est-ce une allégorie sur le parcours de Shyamalan lui-même ? - et Glass entraîne les mêmes interrogations. Il les amplifie même. On ne comprend pas trop le but de réunir ces trois personnages dès lors que tout était dit avec Incassable qui restera comme le chef-d’œuvre de son auteur.

Au nombres des interrogations, il y a bien sûr l’intérêt de conclure une trilogie qui met en exergue le caractère bancal des liens entre les deux premiers métrages. Tout ici semble fait pour essayer de se rattraper aux branches et de bâtir un univers cohérent alors même que l’histoire commune des œuvres ne l’imposait pas. Le meilleur exemple de cet état de fait tient dans les rôles secondaires entourant les trois personnages principaux qui semblent véritablement avoir été placés là pour faire le lien, ce qui rend leur participation au récit sinon problématique au moins inutile. Aucun n’apporte de vraie plus-value à l’intrigue. La raison d’être du film peut être remise en cause tant on ne comprend pas vraiment ce que veut en faire Shyamalan. Il apporte des éléments afin de créer une mythologie mais, dans le même temps, annonce que ce film clôt la trilogie alors que le final implique nombre de pistes qui mériteraient d’être exploitées dans le futur. Mais peut-être qu’après un nouveau passage à vide, il y reviendra en 2039, ne désespérons pas.

Quoi qu’il en soit, Glass existe bien comme film en tant que tel et contient en lui toutes les thématiques qui ont fait la gloire du cinéma de son auteur : la nécessité de mythifier un monde qui ne croit plus, la création d’une sur-réalité, la destinée, la force de la pop culture notamment. Tout est là, en cela Glass est bien à cent pour cent un film de son paternel. On y retrouve sa patte dans la mise en scène, cette manière d’alterner les plans séquences et les gros plans qui n’appartient qu’à lui. Les regards caméra aussi pour, en bon démiurge qu’il est, manipuler le spectateur et l’emmener là où il le souhaite. C’est de nouveau le cas ici mais ce dernier connaît désormais ces tours de passe-passe et se doute parfaitement que quelque chose de plus grand se trame derrière cette intrigue routinière de film d’hôpital psychiatrique.

L’hôpital est le décor principal du film au sein duquel se déroule une grande partie de l’action, ou de l’inaction plutôt tant le scénario semble bavard et tourner en rond. L’hôpital et ses cellules spécialement configurées afin de contenir chacun de ses occupants grâce à sa Némésis personnelle. Par exemple, celle de David Dunn est bardée de système d’arrosage mis en marche à la moindre velléité d’évasion. Tout ça nous renvoie à certains passages des X-Men dans une version malheureusement un peu cheap. A l’image de tout le métrage malheureusement qui semble bien vide, bien creux, dépourvu de la moindre réalité là où les meilleurs œuvres de Manoj s’intégraient parfaitement dans un environnement quotidien, habité, usagé au sein duquel surgissait le fantastique, l’irréel. Ici, l’irréel est posé dès le départ et Shyamalan tente de se dépatouiller avec ce qui ressemble à un huis clos avant de partir vers un ailleurs mais dans son cinéma, il vaut mieux se méfier des miroirs, surtout lorsque ceux-ci sont brandis par le démiurge lui-même.

Glass, à l’image de son final, enfin l’un de ses finals car le syndrome Retour du Roi n’est pas loin, manque d’ampleur, on reste dans l’intime façon Incassable à la différence qu’il est légitime de se demander si c’est par choix ou par restriction budgétaire que le grand showdown promis accouche au final d’une petite bagarre de cour de récréation d’où la démesure super-héroïque est la grande absente. C’est un choix logique cependant lorsqu’on analyse le récit bien que, sur l’écran, cela ne fonctionne qu’à moitié et entre en contradiction avec la thèse super-héroïque défendue par le metteur en scène. Là, les personnages, et spécialement David Dunn, ne sont plus que des humains et c’est un peu triste.

Le film est long et verbeux, Night navigue à vue et attrape toutes les branches auxquelles il peut se pendre afin de colmater les brèches et se raccrocher aux deux wagons de tête. Malgré tous ses efforts, Glass reste boiteux. Il contient quelques très belles scènes hélas perdues dans d’innombrables longueurs et lourdeurs au centre desquelles Bruce Willis, étonnamment en retrait, tente vaille que vaille de faire ré-éxister son personnage mais le cœur n’y est plus. Reste un étonnant Samuel Jackson, tout en sobriété qui reprend avec bonheur son rôle de super vilain au corps de verre. Et si c’était en lui et non en David Dunn que s’incarne Shyamalan ? Si ce méchant méticuleux, maniaque au cerveau sur-développé mais à la fragilité de nouveau-né était le reflet de l’auteur omniscient et manipulateur ?

Une thèse que semble confirmer la fin de Glass. Le plus beau twist de la filmographie de l’ex wonder boy est peut-être là. Night ne voyait pas des morts, ne voulait pas aider les gens, il voulait simplement contrôler les fils du destin et réenchanter le monde, quel qu’en soit le prix à payer. Cela ne transforme pas Glass en un excellent film mais il ouvre une nouvelle piste de réflexion inattendue sur son entière filmographie. Et si, encore un fois, alors que l’on pensait avoir tout vu venir, la Nuit nous avait surpris ?


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