Critique de film

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Alien Crystal Palace

"Alien Crystal Palace"
affiche du film

Selon le mythe platonicien relaté par Aristophane dans Le Banquet, les humains auraient été, à l’origine, des êtres complets qui se virent coupés en deux et furent condamnés à errer inlassablement à la recherche de leur part manquante. Un savant prédicateur, manipulateur d’âmes imprégné d’ésotérisme, cherche à recréer le couple idéal, « l’androgyne », un homme et une femme qui ne formeraient plus qu’un : l’amour parfait. Il semble avoir repéré les nouveaux sujets de son expérience : Dolorès Rivers, cinéaste underground, et son miroir inversé, Nicolas Atlante, chanteur de rock fou et vénéneux. Mais le diable va s’en mêler…

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Trailer - Alien Crystal Palace (2018)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique d’Alien Crystal Palace - Confit de nanar
Par : Seb Lecocq


Par où commencer ? Tant de choses à dire, tant de choses à faire…
Il y a deux manières d’aborder le projet Alien Crystal Palace. A la manière d’un cinéphile ordinaire ce qui serait une grave erreur parce que, ne mentons pas, il n’y a pas une seconde de cinéma là-dedans ou à la manière d’un baroudeur de l’image, d’un flibustier de la pellicule, d’un explorateur des abysses du septième art. Et là, alors on pourra découvrir les rutilants joyaux de la couronne en carton arborée tout au long du film par ce pauvre Jean-Pierre Léaud. En avant la piraterie !

Paradoxalement, alors que le nanar est devenu un objet cool et flashy à exhiber en public, les véritables nanars se font rares, l’exposition certes relative mais réelle au plus grand nombre en a quelque peu dévoyé l’esprit pour en faire un créneau (honte à vous The Asylum !). Alien Crystal Palace en est un vrai, un beau, un pur. De la vraie race de champions. Tourné dans un esprit premier degré, avec l’intention de faire du grand cinéma et d’apporter sa pierre au grand œuvre que représente le Septième Art. Un script alambiqué, ésotérique qui s’appuie sur une histoire classique sérieuse et une théorie philosophique ancestrale remise au goût du jour : la recréation de la figure mythique de l’androgyne véritable en plein XXIè siècle. Soit si on résume grossièrement parce que l’intrigue probablement écrite avec les fesses d’un Nicolas Ker cocaïné jusqu’aux yeux est pour le moins incompréhensible, la réunion de deux âmes sœurs parfaites. Oui tout ça n’est pas sans rappeler le film L’Ame Sœur de Jean-Marie Bigard. Ce qui, en soi, n’est pas une mauvaise chose.

Comme dans tout bon nanar, rien ne se déroule normalement et dès les premières minutes, plutôt les premières secondes même, on sait que tout ça va bien vite dégénérer pour notre plus grand plaisir pervers. Bien qu’il soit signé Arielle Dombasle, le film porte en son cœur même la patte indélébile de Nicolas Ker, rockeur new wave vaguement dandy qui s’improvise grand ordinateur qui n’a manifestement aucunement les moyens de ses ambitions. Il suffit de voir la fameuse couronne en carton censée représenter l’attribut divin du descendant (ou est-ce le dieu lui-même ?) d’Horus. Sans exagérer j’en ai vu de plus réalistes au spectacle de fin d’année de l’école primaire de mon petit neveu. Cette couronne rend donc absolument hilarante chaque apparition de ce pauvre Jean-Pierrre Léaud vêtu d’une chemise de nuit blanche et déblatérant d’insondables dialogues. A crever de rire. Chaque composante de décor, de costume ou de coiffure est du même acabit. Rien ne va donc tout va. L’équipe semble avoir fait le choix conscient de sélectionner les vêtements les moins pratiques possibles. Par exemple, citons ces bottes compensées portées par Arielle Dombasle qui, quand elle se met à courir, lui donnent des airs de reine alien dans le final d’Independance Day : Resurgence. Le film prend d’ailleurs une curieuse portée méta lorsqu’au tour d’un dialogue, le personnage d’Arielle Dombasle, réalisatrice d’un long métrage, s’exclame que « tout a l’air de carton ». On est donc face à une mise en abîme et un discours méta au sein de la même séquence. Sur l’échelle du nanar, on vient de franchir le palier Neil Breen pour se rapprocher dangereusement du niveau Vivre pour Survivre.

Comme dans tout grand film, et rappelons que Nicolas Ker et Arielle Dombasle sont intimement persuadés d’en réaliser un, il faut une histoire d’amour. Et à ce niveau-là, on est plus que servi. Et bien servi à chaque fois. Outre la grand histoire impossible entre Arielle et Nicolas qui parcourt l’intégralité du récit, le spectateur polisson en aura pour son argent tant de nombreuses scènes de nu parsèment l’histoire. Nicolas Ker grâce à ses grands airs d’artiste bourgeois torturé parvient à séduire tout ce qui bouge, affiche la moitié de son âge et porte une paire de seins. C’est festival même si on ne sait pas vraiment ce que ces scènes apportent au récit ni au personnage. On est clairement dans une approche de faire du nu pour faire du nu. Plus que les scènes en elle-même, la magie d’Alien Crystal Palace opère dans la mise en scène de celles-ci. Des situations que l’on ne retrouve que dans le cinéma porno de bas étage. Dans quel monde une monteuse vidéo montre les rushs du tournage à un parfait inconnu en s’allongeant sur son lit à ses côtés avec son mac ? Dans le monde merveilleux d’Arielle Dombasle et Nicolas Ker évidemment.

Le binôme Ker / Dombasle plane sur chaque plan d’Alien Crystal Palace et lui donne ce cachet bourgeois décadent rococo baroque faussement punk. On est dans un monde où descendre des bouteilles de gnôle par paquets de douze et sniffer de la coke est monnaie courante. La touche Ker s’opère dans son jeu qui fait passer Nicolas Cage pour un parangon de mesure et d’intériorité. Ker marmonne, vocifère, surjoue le surjeu, amplifie des dialogues ampoulés et réinvente le langage du corps de manière à faire suer Stanislavski à grosses gouttes. Il est la partie sombre et tête à claques du duo. Arielle Dombasle se charge de la partie lumineuse et involontairement non-sensique d’un projet dont il semble que la finalité profonde soit de montrer qu’à 65 ans, elle peut encore rivaliser plastiquement avec des jeunes premières, le tout sous le regard des amis petits bourgeois. Arielle papillonne, flirte, fricote, se déshabille, court, s’évanouit avec le naturel d’un trader infiltre à la Fête de l’Huma. Elle est aussi crédible en réalisatrice à l’avant-garde de l’underground que John Wayne en Gengis Khan mais ce miscast total participe à la bonne humeur ambiante. Tout ceci n’est qu’une toute petite partie des merveilles nanardesques que propose Alien Crystal Palace avec la générosité du buffet à volonté d’un restaurant asiatique de zone commerciale.

Pour l’amateur de vrai nanar, le film est un pur moment de bonheur qui ne relâche jamais la bride, slalome à un rythme effréné entre le fou rire, le sourire, le malaise et l’inattendu. Le spectateur est constamment sur le qui vive car il ne sait jamais ce que va lui réserver la scène, le plan, la réplique suivante. Et il n’est jamais déçu, il y aura toujours quelque chose à se mettre sous la dent durant l’heure trente de plaisir totalement coupable mais assumé qui lui est offert. En conclusion, Alien Crystal Palace est un hommage bien involontaire à Eurociné. On est face une quête ésotérique à l’esthétique softporn du Canal + du début des années 2000 filmées à l’Ipad par un clone numérique de Jean Rollin dont l’envie et l’ambition artistique est inversement proportionnelle à la technique cinématographique. Ah, et on n’a toujours pas compris la signification du titre.


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