Critique de film

Eden Lake

"Eden Lake"
affiche du film
  • Genre : Survival
  • Année de production : 2008
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : James Watkins
  • Pays d'origine : Grande-Bretagne
  • Durée : 1h31
  • Scénariste : James Watkins
  • Musique : David Julyan
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Kelly Reilly, Michael Fassbender, Thomas Turgoose, Bronson Webb, Jack O’Connell,...
  • Récompenses : Aucune

Jenny est maîtresse d'école. Elle et son petit ami quittent Londres pour passer un week-end romantique au bord d'un lac. La tranquillité du lieu est perturbée par une bande d'adolescents bruyants et agressifs qui s'installent avec leur Rottweiler juste à côté du couple d'amoureux. A bout de nerfs, ces derniers leur demandent de baisser le son de leur radio. Grosse erreur ! Qui ose dire quoi que ce soit aujourd'hui à une bande de jeunes qui se conduisent mal ? Qu'arrive-t-il à ceux qui osent ? Quel poids les adultes ont-ils sur ces jeunes ? Les parents n'auraient-ils pas finalement les enfants qu'ils méritent ?

Les critiques à propos de ce film

Critique de Eden Lake - Les enfants flattent quelquefois les vieillards, mais ils ne les aiment jamais (Jean Jacques Rousseau)
Par : Seb Lecocq

De qui se moque-t-on ? Les autorités nous affirment que la crise de la vache folle est définitivement morte et enterrée et que le bœuf anglais est de nouveau prêt à venir garnir nos assiettes ? Ah bon ? Comment expliquer ce qui se passe en Angleterre dans ce cas ? 28 Jours Plus Tard, Dog Soldiers, The Descent, Creep, Wilderness, Outpost, Severance, Shaun Of The Dead, Hot Fuzz et maintenant Eden Lake ? Hormis les conséquences d’une trop grande ingestion de bœuf foldingue, je ne vois pas comment de tels films ont pu fleurir en Angleterre en si peu de temps. Des films fous, justement, violents, sans compromis ni concessions commis par une génération de talentueux réalisateurs britons élevés au Burger King « 100% pure beef ». Non la maladie de la vache folle n’est pas éradiquée, oui de nombreux humains ont été contaminés mais bon relativisons, si cette maladie permet de créer de telles œuvres, finalement, on peut se dire que la vache folle, ça a du bon.

Après les confirmations de Christopher Smith et Neil Marshall, c’est maintenant James Watkins qui se lance dans la bataille avec son Eden Lake et ses ados turbulents. « Dès demain, on va nettoyer au Kärcher la cité des 4.000. On y mettra les effectifs nécessaires et le temps qu’il faudra, mais ce sera nettoyé. » « Vous voulez qu’on vous débarrasse de ces racailles ? Et bien on va vous en débarrasser. » Ces deux déclarations fracassantes sont le fait du président français Nicolas « Tony Montana » Sarkozy, A n’en point douter ces deux phrases choc ont dû influencer James Watkins lorsque, seul dans sa petite chambre de bonne londonienne, il écrivit le scénario de ce qui allait devenir Eden Lake. Car assurément son métrage nous parle de racailles, de petites frappes à l’accent cockney, de jeunes désabusés qui ne respectent rien ni personne. Des ados à qui une bonne fessée ne ferait pas de mal, comme vous dites ma bonne dame. Et cette charmante pensionnée qui arpente son trottoir dès cinq heures du matin pour le rendre plus gris que gris de seriner sempiternellement son : de mon temps, les jeunes c’était autre chose, savez vous…

Vous l’aurez compris, Eden Lake parle d’enfants, d’ados turbulents et violents. Le film de James Watkins est avant tout un film de genre pur et dur qui se base sur un postulat de départ très simple. Un couple bien sous tous rapports parti camper dans la campagne anglaise se fait prendre en grippe et traquer par une bande de sales gamins. Pitch simple comme bonjour certes, mais toujours garant d’une efficacité à toute épreuve. Un survival ? Oui mais pas que... car le film se fait aussi l’écho de la recrudescence d’agressions à l’arme blanche par de jeunes ados à peine sortis de l’enfance innocente et du récent phénomène du happy slapping (des agressions filmées par téléphone portable). On y retrouve une dimension sociale mêlée à l’angoisse et à l’horreur. Watkins commence par décrire ce gentil couple d’Anglais moyens et distille son angoisse via un crescendo qui trouvera son point culminant dans le climax du film. D’une musique au volume trop élevé au rottweiler trop envahissant jusqu’aux animaux torturés. De quoi faire flipper le petit bourgeois qui sommeille en chacun de nous. Watkins maîtrise suffisamment son écriture que pour nous pondre des personnages plus vrais que nature aux réactions tellement naturelles que c’en devient déroutant. On aurait tous réagis comme Steve. Tous. Et comme lui, personne ne se serait douté des proportions que cette histoire allait prendre.

Après avoir franchi le point de non-retour, Steve se voit obligé de faire face aux ados aux réactions disproportionnées. Pour le chef de la bande, la vie d’une chienne équivaut à celle d’un être humain (euh, pour Brigitte Bardot aussi ! - ndlr). Désormais, pour lui ce sera une vie pour une vie, répondant à la lettre à la célèbre loi du talion, ni plus ni moins. C’est dans cette escalade de la folie que nous plonge Watkins. Ayant bien assimilé les codes du survival, il livre rapidement Steve aux petites mains boudinées de notre bande d’enfants pour s’intéresser à sa compagne Jenny (stupéfiante Kelly Reily). Celle-ci, adepte de la non-violence et de la pédagogie enfantine, va devoir réveiller ses plus bas instincts pour délivrer son compagnon et fuir le plus loin possible. Une attitude toute féminine en comparaison à celle de Steve qui directement fonce vers l’affrontement, tenu en laisse par son ego viril. Bien vite dépassée et horrifié par l’absence de limites des jeunes, Jenny va devoir passer à l’action elle aussi. Moment choisi par Watkins pour transformer son métrage en un Vengeance d’une blonde façon The Descent. Et en fait non… Watkins opte pour un chemin différent en vue de surprendre le spectateur. Est-ce réussi ? Oui et non...

Oui car effectivement les actions de Jenny troublent le spectateur habitué à découvrir des héroïnes plus bad-ass qu’humaines, prêtes à se remonter les manches pour aller botter des culs. Watkins opte pour des chemins détournés, pour finir sur, peut-être, une note moins attendue et plus perverse. A la fois plus sombre et plus timorée, comme si son auteur n’avait osé s’attaquer frontalement à l’un des derniers tabous du cinéma d’horreur pour mieux surprendre le spectateur et affirmer le coté « critique sociale » de son œuvre. A savoir : Il n’y a pas de mauvais enfants, il n’y a que de mauvais parents.

Non car Watkins, en se dégonflant sur la fin, nie les envies et les attentes du spectateur. Pour une fois, je sors de mon devoir de réserve de rédacteur pour donner mon opinion personnelle. J’attendais, je voulais voir Jenny botter les fesses de ses sales jeunes, de ses p‘tits cons. Oui je voulais que Jenny leur rende la monnaie de leur pièce, quitte à sacrifier l’humanité de son personnage sur l’autel d’une surhumanité toute cinématographique. Oui je voulais que Jenny se transforme en ange vengeur, froid et déterminé à la Charles Bronson. Watkins après avoir fait monter la sauce me prive de la conclusion que j’attendais.

Eden Lake est certes un bon film, très bien mis en scène, même si certains plans pompent allègrement The Descent de Marshall, interprété avec une force et une justesse peu commune par Kelly Reilly et Jack O’Connell, les deux stupéfiants dans leurs rôles respectifs. Watkins prépare un excellent repas durant une petite heure et demie mais foire son dessert en beauté ce qui laisse, en conclusion, un goût légèrement amer en bouche.


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