Critique de film

pub

Parfum de la dame en noir (Le)

"Il profumo della signora in nero"
affiche du film

Ã

pub

Les critiques à propos de ce film

Critique de Le parfum de la dame en noir - Un Giallo différent
Par : Fred Pizzoferrato

Ce très étrange métrage italien, tenant tout autant du giallo que du drame fantastique, peut déconcerter les adeptes du genre par son scénario éclaté et peu linéaire. L’ensemble donne, en effet, souvent l’impression d’une suite de séquences dans lesquelles le passé, le présent et l’avenir s’entremêlent avec plus ou moins de bonheur. The perfume of the lady in black ne semble pas non plus très cohérent et s’achève en outre sur une séquence pouvant laisser dubitatif les plus cartésiens. Est-ce à dire qu’il s’agit d’un vaste foutoir prenant l’excuse du cinéma de genre pour proposer une suite d’expérimentations imbuvables ? Pas du tout car Barilli parvient à générer une véritable atmosphère capable de fasciner le spectateur en dépit des nombreux points obscurs du scénario.

Laissant la porte ouverte à plusieurs interprétations opposées, le cinéaste détaille ainsi l’existence d’une jeune femme voyant, peu à peu, la réalité se dérober sous ses pas pour plonger dans un univers trouble. Folie, hantise, refoulement freudien, fantasmes à consonance masochiste ou machination ? Barilli ne tranche pas mais se réfère à quelques classiques du fantastique, en particulier Ne vous retournez pas de Roeg et Rosemary’s baby de Polanski. Le désarroi de l’héroïne guide donc la progression de l’intrigue dont la seconde partie bascule dans un fantastique atmosphérique ponctué de meurtres sanglants directement hérités du giallo.

The perfume of the lady in black concerne une femme nommée Silvia Hacherman, une vraie carriériste ne vivant que pour son travail de scientifique, au grand dam de son ami Roberto. Son existence bien ordonnée va radicalement changer suite à une réunion consacrée à l’occultisme et à sa rencontre avec un Africain croyant fermement à l’existence du surnaturel. Tout le passé refoulé de Silvia, et en particulier les relations troubles de sa mère, ressurgit alors tandis que la jeune femme semble de plus en plus hantée par ses traumatismes d’enfance. Pendant ce temps la mort rode dans l’entourage de Silvia, peut être victime innocente d’une horrible machination…

Alors que le spectateur s’attend à un giallo classique, The perfume of the lady in black le prend à rebrousse poil et propose une intrigue touffue tenant davantage du cauchemar éveillé que de l’enquête policière rigoureuse. Les différentes sous-intrigues paraissent d’ailleurs n’entretenir entre elles que des liens assez lâches et le final, mystérieux et envoutant, refuse les explications évidentes pour plonger un peu plus dans le fantastique. Difficile de trouver le bon angle d’approche à ce film exigeant et pas toujours aisé à appréhender, certaines scènes semblant, au final, n’avoir guère d’autre sens que celui que le spectateur veut bien leur donner. Les deux principales possibilités d’explications restent une machination complexe ourdie par l’entourage de l’héroïne ou, au contraire, la complète folie de celle-ci. Pourtant, aucune de ces théories ne s’avèrent pleinement satisfaisante tant certains détails, au final, finissent par les invalider l’une et l’autre. Au spectateur de se forger sa propre opinion en incluant différents éléments parasitant l’intrigue principale comme cet inquiétant voisin probablement assassin ou cette tentative de viol réelle, supposée ou fantasmée. Le rebondissement des dernières minutes, donnant lieu à une scène gore d’éviscération, vient lui aussi remettre en question toutes les certitudes précédentes car certains protagonistes décédés réapparaissent alors bien vivants sans aucune explication plausible si ce n’est la continuation du « délire » de l’héroïne dans un au-delà hypothétique. Qu’importe, sans doute, puisque, à l’instar de nombreux autres thrillers horrifiques italiens réputés (Suspiria et Inferno en tête !), The perfume of the lady in black se révèle passionnant en dépit de cette construction scénaristique chaotique laissant au public plus de questions sans réponse que d’explications satisfaisantes.

Le cinéma populaire s’est, en effet, parfois affranchi des contraintes commerciales pour servir de terrain d’expérimentations à des cinéastes soucieux d’exprimer leurs propres obsessions au travers d’intrigues de genre et Francesco Barilli transforme le giallo en une fable macabre et intellectualisée sur laquelle pèse l’ombre de la psychanalyse. The perfume of the lady in black devient ainsi un exercice de style périlleux au sujet du refoulement et des pulsions de vie et de mort. Mais, alors que la plupart des cinéastes ayant tenté de croiser le monde de l’épouvante et celui de Freud (au hasard Alan J. Pakula avec Dream lover) ont échoué sur tous les niveaux, Barilli propose un récit se suivant avec intérêt tant pour les amateurs d’épouvante à l’italienne que pour les aficionados du « cinéma d’auteur » ou du drame psychologique.

Confectionné avec minuties, The perfume of the lady in black ne sombre en effet jamais dans le simple exercice de style même si Barilli se sent probablement plus proche du cinéma « expérimental » que du thriller horrifique proprement dit. Cependant, même si les meurtres et le décorum du giallo se positionnent au second plan, ils ne sont pas pour autant négligés par le metteur en scène, lequel respecte suffisamment le public pour proposer un spectacle très riche dans lequel le fantastique garde ses droits. La très belle photographie complète admirablement le travail quasiment pictural de Barilli, soucieux de composer des plans mémorables dans lesquels chaque élément se voit chargé d’importance et de pertinence.

L’aspect dramatique, parfaitement maîtrisé, privilégie pour sa part la caractérisation de Sylvia, la principale protagoniste, dépeinte avec beaucoup de réussite et incarnée à la perfection par la belle Mimsy Farmer. Après une carrière modeste à la télévision américaine, Mimsy Farmer obtint un rôle dans le 4 mouches de velours gris de Dario Argento et poursuivit sa carrière en Italie puis en France via quelques titres plus (La traque) ou moins (SOS Concorde, Body count) remarqués. Sa performance se révèle ici remarquable et parvient, presque à elle seule, à assurer la cohésion d’un métrage audacieux et complexe.

The perfume of the lady in black emprunte également au giallo une mélodie doucereuse et l’utilisation d’une boite à musique afin de créer un climat référentiel invitant à accompagner le douloureux cheminement de l’héroïne dans les méandres de son passé, à la recherche d’un possible trauma dont les répercussions se font sentir bien des années pus tard.

Au croisement du drame psychologique, du giallo, de l’horreur, du fantastique et du cinéma d’auteur, The perfume of the lady in black constitue une surprise de qualité et une curiosité fort intéressante qui mériterait une plus large reconnaissance à la fois critique et public. A redécouvrir pour quiconque souhaite varier les plaisirs de l’épouvante à l’italienne.


Donnez votre avis sur le film !

En résumé
ecrire un commentaire sur le film
;



Récentes critiques

affiche du film
The Platform
2020
affiche du film
Werewolf
2018
affiche du film
Play or Die
2019
affiche du film
Ça: Chapitre 2
2019
affiche du film
Cities of Last Things
2018
affiche du film
Impossible Crimes
2019
affiche du film
The Soul Conductor
2018
affiche du film
Stray
2019
affiche du film
Dark, Almost Night
2019
affiche du film
The Dead Center
2018

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage